mardi 7 octobre 2025

Liverpool, crise ou transition?

La série de défaites des Reds (trois consécutives et en une semaine contre Palace, Galatasaray et Chelsea, une première sous Arne Slot) fait couler beaucoup d'encre outre-Manche et dans toute l'Europe, car on attendait monts et merveilles d'une équipe qui avait accueilli dans ses rangs Wirtz, Ekitike, Isak, Frimpong et Kerkez pour la modique somme d'un demi-milliard d'euros. Le début de saison des pensionnaires d' Anfield n'est pas mauvais, puisque ils occupent la deuxième place du classement à une petite unité des Gunners (qu'ils ont d'ailleurs battus) et qu'ils n'ont évidemment pas compromis leurs chances de se qualifier en Champions League. C'est plutôt la manière qui interroge, car ils ont remporté beaucoup de matches à l'arraché et non sans une certaine réussite (buts de Chiesa et Salah dans les arrêts de jeu contre Bournemouth, petit miracle à Newcastle, penalty à la 95ème à Burnley, tête de Van Dijk dans les dernières secondes contre l'Atletico). Depuis le coup d'envoi de la Premier League, ils se sont montrés incapables de maîtriser une rencontre de bout en bout et se sont souvent fait peur, syndrome d'une équipe qui manque cruellement de sérénité et de confiance. Sans ce qu'on pourrait appeler le "Slot time", ils compteraient aujourd'hui six points de moins et la situation serait beaucoup plus problématique.

 

Commençons par le cas Florian Wirtz, qui n'est pour le moment que l'ombre du petit génie qui faisait les beaux jours du Bayer Leverkusen. Tout le monde n'est pas Hugo Ekitike, qui dit se soucier comme de sa première paire de crampons de la somme énorme que le club a misée sur lui (et qui a d'ailleurs déjà marqué à trois reprises), et il est certain que le prix exorbitant de son transfert pèse sur les épaules du jeune meneur de jeu allemand. C'est également une chose d'évoluer dans une sorte de cocon, dans un environnement relativement protégé et dans un relatif anonymat au Bayer Leverkusen, et une autre de se retrouver sous les feux des projecteurs chez le champion d'Angleterre en titre dans le championnat le plus médiatisé de la planète. Les exemples de grands joueurs à qui il a fallu une longue période d'adaptation sont légion: Platini a connu six premiers mois très difficiles à la Juventus avant de gagner trois Ballons d'Or, Bergkamp a été qualifié de "ridicule" par la presse anglaise et Rai s'est vu comparer à un tracteur par Thierry Roland avant de fermer toutes les bouches. Aujourd'hui, on voudrait qu'une recrue ait un impact immédiat sous ses nouvelles couleurs, mais certains artistes sensibles et fragiles ont besoin de temps avant de dompter une foule de nouveaux paramètres et de donner leur pleine mesure. La petite merveille de la Mannschaft est sans doute de ceux-là.

 

La vraie erreur de casting se nomme peut-être Jeremie Frimpong, malgré tout le talent intrinsèque de l'international néerlandais. Recruté pour remplacer poste pour poste Alexander-Arnold, parti au Real, l'ancien joueur du Celtic n'est malheureusement pas un véritable latéral de métier mais plutôt un piston droit qui doit évoluer un cran plus haut sur le terrain, à l'image d'un Denzel Dumfries à l'Inter. Or dans le 4-3-3 immuable de Slot, il n'y a tout simplement pas de place pour lui, qui serait beaucoup plus à son aise dan un 3-5-2 à la sauce Bayer. Résultat: l'entraîneur des Reds confie souvent le poste de latéral droit à Szoboszlai, pour tenter d'établir une connexion similaire avec Salah que celle qui unissait l'Egyptien à TAA. Sur l'autre flanc de la défense, les prestations de Kerkez font plus que laisser à désirer, à tel point que Slot l'a fait sortir avant l'heure de jeu contre Chelsea pour faire entrer Robertson, à bout de souffle et coupable sur l'action du but d'Estevao. A leurs plus belles heures, l'Ecossais et Alexander-Arnold représentaient une double menace pour l'adversaire, et les couloirs des Reds se trouvent aujourd'hui sinistrés. De ce fait, leur jeu, qui s'appuie moins sur les dédoublements des latéraux, se fait plus axial et devient nettement plus prévisible.

 

D'autres facteurs sont à prendre en compte dans l'actuel coup de pompe que connaît Liverpool, à commencer par la prolongation de Salah. Avant celle-ci, il avait marqué une trentaine de pions et délivré une brouette de caviars. Après, il n'a trouvé le chemin des filets qu'à cinq reprises, comme s'il était passé en mode sénateur après avoir décroché un dernier gros contrat à 32 ans. Malgré cette nette baisse de régime, Slot n'ose pas sortir l'Egyptien, sorte d'institution locale, de son onze de départ. L'élimination contre le PSG a également laissé des traces, puisque le pourcentage de victoires des Reds chute de plus de 80% à moins de 40% après le huitièmes de finale perdu (heureusement qu'ils avaient fait le plein de points lors de la première moitié de la saison). L'Europe a marqué l'histoire récente de Liverpool, et la claque infligée par les hommes de Luis Enrique a fait beaucoup de mal dans les têtes. Enfin, il est impossible de ne pas évoquer la disparition tragique de Diogo Jota, qui a forcément impacté le vestiaire. Les cadres et anciens de l'équipe (Becker, Van Dijk, Konaté, Robertson, McAllister, Gravenberch, Salah) n'ont peut-être pas entièrement la tête au ballon, et un simple match de football doit leur sembler une chose bien dérisoire comparée à la mort d'un jeune homme d'à peine trente ans. Il faudra sans doute tourner la page Van Dijk et Salah, après avoir dit adieu à Sadio Mané et Fabinho, pour trouver une nouvelle dynamique et confier la maison aux Wirtz, Ekitike et Isak. L'année de transition, que l'on attendait la saison dernière après le départ de Klopp, est peut-être celle-ci.

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