dimanche 30 novembre 2025

Atletico, la force de l'habitude

Les trop rares fois où l'on entend parler de l'excellent Julian Alvarez (et pas de Vinicius, Yamal ou Mbappé), c'est pour lire que l'avant-centre argentin devrait sans doute, pour le bien de sa carrière, quitter l'Atletico Madrid, club sous-médiatisé, perpétuellement sous-coté voire méprisé, qui vit et vivra sans doute toujours dans l'ombre des deux géants du football espagnol. Pourtant, l'Atletico, c'est onze titres de champion, dix Coupes du Roi, trois sacres en Ligue Europa et trois finales de Champions League (toutes perdues comme on ne le sait que trop bien): pour reprendre les fameux dires de l'inénarrable Stéphane Guy, c'est pas Gijon, c'est pas Valladolid. Et Alvarez appartient à une longue lignée d'attaquants d'exception qui ont porté le maillot des Colchoneros, de Adrian Escudero à Luis Aragones en passant par Griezmann, meilleur buteur de l'histoire du club, Vieri, Torres, Forlan, Aguero, Falcao, Morata et Caminero. Mais, dans l'esprit des spécialistes comme du grand public, quitter City pour rejoindre l'autre club madrilène équivaut à une forme de rétrogradation et de déclassement, bien que l'effectif actuel compte pas moins d'une vingtaine d'internationaux.

 

Passons en revue si vous le voulez bien, cher et fidèle lectorat, les joueurs qui composent le roster à la disposition du Cholo. On y trouve notamment pas moins de cinq joueurs qui évoluent ou ont évolué sous les couleurs de la Roja (Le Normand, Llorente, Koke, Baena et Barrios), trois titulaires réguliers en équipe d'Argentine (Alvarez, Almada et Molina) et une flopée de joueurs qui ont porté le maillot de leur sélection nationale: Sorloth (Norvège), Cardoso (Etats-Unis), Gimenez (Uruguay), Griezmann (Deschamps), Oblak (Slovénie), Hancko (Slovaquie), Gallagher (Oasis) et Raspadori (Italie). Selon le site Transfermarkt, la valeur marchande totale du groupe actuel avoisinerait les 600 millions d'euros et, très récemment, le fonds d'investissement américain Apollo Global Management est devenu l'actionnaire majoritaire du club pour une somme estimée à 2,5 milliards d'euros. Si l'on se fie aux informations du quotidien Expansion, l'Atletico a clôturé l'exercice 2024-25 avec des revenus records de plus de 400 millions d'euros, soit une hausse de plus de 5% par rapport à l'année précédente. Encore une fois, c'est pas Gijon, c'est pas Valladolid.

 

Les hommes de Simeone ont connu un début de saison difficile, marqué par une défaite inaugurale face à l'Espanyol et trois résultats nuls lors des six premières journées. Mais le succès plus que probant à l'occasion du derby a totalement lancé la machine et les Colchoneros ont amassé le joli total de 19 points sur 21 possibles lors des sept dernières journées, s'offrant des victoires contre Osasuna, le Betis, Séville, Levante, Getafe et Oviedo pour remonter à une provisoire troisième place au classement, en attendant le résultat de Villareal, autre équipe injustement négligée, sur la pelouse de la Real Sociedad. Leur déplacement au Camp Nou ce 2 décembre devrait valoir son pesant de cacahuètes. Par ailleurs, les matelassiers occupent la douzième place en Champions League avec trois victoires et deux défaites en cinq journées et peuvent toujours espérer se placer parmi les huit premiers après s'être payé le scalp de l'Inter grâce à des réalisations signées Alvarez et Gimenez dans le temps additionnel (ils se déplaceront à Eindhoven et Istanbul pour y affronter le Galatasaray et recevront les surprenants Norvégiens de Bodo Glimt).

 

Modèle de stabilité dans un univers où les entraîneurs ont une durée de vie limitée (Simeone officie sur le banc du club depuis 2011), l'Atletico a terminé douze fois sur le podium de la Liga lors des quatorze dernières saisons et atteint à sept reprises les quarts de finale de Champions League. Pourtant, à l'instar de l'Inter ou du Borussia Dortmund, eux aussi d'une régularité de métronome sur la plus grande scène continentale, ils figurent rarement dans la liste des favoris à la victoire finale. Il faudra se méfier grandement des partenaires de Griezmann et de leur légendaire grinta, roués aux joutes européennes, accrocheurs et tenaces en diable et toujours difficiles à battre. On ne parierait pas que Barcelone et leur Real, avec leur défense en carton (la paire Cubarsi-Araujo, un cataclysme ambulant), aillent plus loin dans la compétition que des Colchoneros à la fois expérimentés, talentueux et parfaitement organisés et sachant accessoirement jouer le hors-jeu, au contraire de la charnière centrale catalane. Une fois encore, il ne vaudrait mieux pas pour certains supposés cadors croiser la route de la bande du Cholo au printemps prochain.

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