vendredi 16 janvier 2026

Pirlo, la classe à l'italienne

La carrière d'Andrea Pirlo faillit ne jamais vraiment décoller. Après sa formation et ses débuts professionnels sous les couleurs de Brescia, celui que l'on surnomme "le nouveau Baggio" pour son élégance et son toucher de balle rejoint l'Inter en 1998, à l'âge de 19 ans. Barré par des joueurs comme Baggio (justement) ou Djorkaeff, le petit prodige joue très peu sous le maillot nerazzuro, et se voit finalement prêté à la Reggina un an plus tard. Malgré des prestations correctes, Pirlo ne parvient pas à faire son trou à Milan et est envoyé à Brescia en 2001. Retour à la case départ. Celui qui vient de remporter l'Euro espoirs et de terminer meilleur buteur de la compétition ne réussit pas à s'imposer en club et son passage à l'Inter se solde par un échec. Lorsqu'il est vendu à l'autre club milanais à l'été 2001, on se pose beaucoup de questions en Italie sur sa capacité à se faire violence et exploiter un potentiel visible aux yeux de tous mais qui reste en sommeil. Et la lumière va venir de Carlo Ancelotti.

 

A l'été 2002, confronté aux blessures d'Ambrosini et Gattuso, ses deux milieux défensifs, l'entraîneur de Milan AC décide de placer Pirlo devant sa défense dans un rôle de meneur de jeu reculé. L'expérience s'avère plus que concluante car l'aisance, le calme et la qualité extraordinaire de son jeu long font merveille dans cette position quasiment inventée pour lui. A 25 ans, le talent du bonhomme éclate enfin à la face de l'Europe, et aux côtés de deux autres superbes techniciens que sont Seedorf et Rui Costa, il remporte la Champions League en 2003, éliminant au passage le rival intériste en demi-finale. Véritable métronome d'une équipe monstrueuse encore renforcée par les arrivées de Cafu et Kaka, Pirlo régale son monde sous les couleurs rouge et noir. Après avoir un moment envisagé de raccrocher les crampons après le désastre d'Istanbul, il prend sa revanche deux ans plus tard et décroche une deuxième coupe aux grandes oreilles face aux Reds en 2007 à Athènes. Mais à l'été 2010, Allegri lui annonce qu'il ne fait pas partie de ses plans, estimant que le joueur de 31 ans n'est plus capable de tenir le rythme à son poste. Grave erreur.

 

Libre de tout contrat à 32 ans, Pirlo s'engage avec la Juventus en 2011. Lors de son premier match à Turin face à Parme, il délivre deux passes décisives. Alors que beaucoup le considéraient fini pour le football, il s'épanouit pleinement dans le 3-5-2 de Conte et illumine les rencontres de sa science de la passe et du tempo, de ses ouvertures précises et clairvoyantes et de ses coups francs en lucarne. Avec la Vecchia Signora, Pirlo engrange trois Scudetti consécutifs aux côtés de Pogba, Marchisio et Vidal et signe une vingtaine de pions et une quarantaine de caviars. Sous les ordres d'Allegri, celui-là même qui l'avait forcé à quitter le Milan, il dispute en 2015 une nouvelle finale européenne perdue face au Barça et est nommé dans l'équipe type de la compétition. Les quatre saisons de Pirlo à la Juve démontrent que le joueur n'a rien perdu de son immense talent et de sa vista et qu'un fuoriclasse tel que lui possède encore assez de ballon dans les godasses pour rester au sommet à trente ans largement sonnés.

 

De la même manière qu'en club, Pirlo finit presque sur le tard à devenir le leader technique et l'un des hommes de base de la Nazionale. Homme clé du système mis en place par Lippi, il est sacré trois fois homme du match lors du Mondial 2006 remporté par la Squadra Azzura et frappe en finale le corner repris de la tête par Materazzi. Mais son grand chef-d’œuvre restera à jamais l'Euro 2012 au cours duquel, en jouant en marchant à 34 balais, il éclabousse le tournoi de toute sa classe. Auteur d'une passé décisive pour Di Natale dès le premier match contre l'Espagne, Pirlo plante ensuite un superbe coup franc face à la Croatie. Nommé meilleur joueur du quart et de la demi-finale, il éblouit le continent par ses régalades techniques jamais gratuites ni superflues et son intelligence de jeu et domine les rencontres de la tête et des épaules, tel un adulte entouré de gamins qui lui courent désespérément après. Après le fiasco de 2014 et 116 sélections avec l'Italie, il revient sur sa décision et fait savoir au sélectionneur qu'il est toujours disponible pour l'équipe nationale, mais Conte ne fait pas appel à lui pour l'Euro 2016. C'est alors l'heure pour Andrea de se consacrer au vignoble familial de Pratum Coller, près de Brescia, sur les terres de son enfance. La classe jusqu'au bout.  

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