vendredi 9 janvier 2026

Premier League, un cru oubliable?

On s'attendait à une saison de feu en Premier League, avec le recrutement pharaonique de Liverpool, l'arrivée de Gyökeres à Arsenal, le titre de champion du monde des clubs remporté par Chelsea, les signatures de Kudus et Xavi Simons à Tottenham, les promesses qui entouraient la nouvelle connexion Cherki-Haaland, les progrès affichés par Bournemouth ou encore le mercato XXL du promu Sunderland. On espérait fébrilement un feu d'artifice de chocs dantesques semaine après semaine, un feuilleton passionnant comme jamais et à l'issue incertaine, une lutte de titans armés jusqu'aux dents prêts à en découdre sur toutes les pelouses du royaume. On pensait vivre une année véritablement exceptionnelle, farcie de beaux gestes, de scenari renversants et de rencontres d'une intensité folle. On fantasmait secrètement sur la ribambelle de régalades footballistiques au menu tel un fin gourmet s'installant à la table d'un restaurant étoilé. Or, après une vingtaine de journées, la déception est à la hauteur des espérances, et il semble bien que ce cru 2025-2026 ne soit pas franchement destiné à entrer dans la grande légende du jeu comme un millésime d'exception. Bien au contraire.

 

Hier soir, le match qui opposait les Gunners aux Reds à l'Emirates, une confrontation qui faisait saliver avant le coup d'envoi de la saison, a accouché d'un résultat nul et vierge et d'un spectacle triste comme un dimanche de novembre à Vierzon. Bien évidemment, Gyökeres a traversé la rencontre comme une ombre et Liverpool, avec ses recrues Wirtz, Frimpong et Kerkez mais sans Isak et Ekitike blessés, a simplement fait ce qu'il a pu avec ses carences actuelles. Chelsea, bourreau du PSG en juillet dernier, n'a gagné que huit matches en 21 journées, s'est séparé de Maresca et doit composer avec un Cole Palmer aux abonnés absents. City, que l'on pensait enfin guéri et compétitif, se trouve en fait toujours en phase de reconstruction et vient de laisser filer des points contre Sunderland, Chelsea et Brighton. La petite merveille Semenyo, auteur d'une saison remarquable, semble sur le point de rejoindre les Citizens et d'abandonner ses coéquipiers de Bournemouth qui se sont effondrés après des débuts en fanfare. Paradoxe ultime: c'est de Brentford, l'un des clubs les moins glamour d'Angleterre, qu'est souvent venue la lumière, en grande partie grâce à la réussite insolente d'Igor Thiago.

 

Alors qu'on pouvait légitimement rêver d'une grande bataille au sommet, le titre reviendra sans doute finalement à l'équipe la moins moche et la plus constante. Comme nous l'avons déjà écrit dans cette inégalable gazette, un sacre d'Arsenal serait tout sauf une bonne nouvelle pour le football. Plus de vingt ans après le couronnement royal des fameux "invincibles" emmenés par les Cole, Campbell, Vieira, Pirès, Fabregas, Bergkamp, Wiltord et sa majesté Henry, les Gunners proposent un jeu froid et calculateur teinté de réalisme cynique et porté par leur maîtrise dans l'exercice des coups de pied arrêtés. Quant on a longtemps été les garants d'un certain sens de l'esthétisme outre-Manche et qu'on possède dans ses rangs des Saka, des Rice, des Odegaard, des Trossard, des Martinelli, des Madueke et des Eze et globalement un effectif de dingue sur le papier, on est quand même en droit d'espérer autre chose. Face aux Reds, les hommes d'Arteta avaient l'occasion de prendre une vraie option sur le titre et de mettre City à huit longueurs. Ils ont choisi l'option sécuritaire et ont avant tout cherché à ne pas perdre sur leur propre pelouse. On en vient à se demander si l'on ne préférait pas la version "perdant magnifique" d'Arsenal de ces dernières années à cette formation dénuée du moindre panache.

 

Les Angliches ont beau jeu de se moquer de notre championnat hexagonal qu'ils se plaisent à surnommer la "Farmers League" et à mépriser du haut de leurs budgets colossaux. Il n'empêche, avec tout le respect dû à ce peuple qui nous a donné le football, la bière et Radiohead, que le véritable esthète prend cette année probablement bien plus son panard à suivre notre bonne vieille Ligue 1 que le soi-disant et autoproclamé  "meilleur championnat du monde". Les exploits lensois, le parcours du PSG avec sa cascade de pépins physiques, la trajectoire chaotique de l'OM, la progression du Rennes d'Habib Beye, les mérites du groupe lyonnais et les prestations lilloises s'avèrent en fait bien plus intéressants à observer qu'une fausse bagarre entre supposés cadors pétés de thunes, gravement surcotés et bardés de lacunes. A l'instar du commandant français à la bataille de Fontenoy en 1745, nous aurions pu l'été dernier apostropher nos meilleurs ennemis en ces termes célèbres: "Messieurs les Anglais, tirez les premiers!".

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