Laurent Blanc, c'était un port altier, une relance toujours impeccable et soignée, une sérénité de tous les instants, une technique irréprochable, un sens tactique aiguisé, un placement parfait et un jeu de tête redoutable: en un mot, une sorte d'assurance tous risques doublée d'une classe et d'une élégance rares. D"abord aligné comme milieu offensif et à ce jour toujours meilleur buteur de l'histoire du MHSC, il était capable aussi bien de venir placer un coup de casque décisif, de se porter aux avant-postes quand le besoin s'en faisait urgemment sentir (le fameux but en or contre le Paraguay dans la fournaise lensoise) que de placer une subtile pichenette au-dessus du gardien (16 buts en 97 sélections tout de même, soit autant que Ribéry). Avec les Jonquet et Trésor, il mérite sans doute le titre de meilleur défenseur tricolore de tous les temps et fut en tout cas classé quatrième joueur français du siècle par le journal L'Equipe en 2000 derrière trois lauréats du Ballon d'Or (Platini, Zidane et Kopa) mais devant Papin, Fontaine ou Giresse.
Le libero né à Alès en 1965 a porté le maillot de cinq clubs hexagonaux: Montpellier, avec qui il remporte la Coupe en 1990 et plante une quarantaine de pions en championnat entre 1988 et 1991, Nïmes en 1992-93, Saint-Etienne (huitième meilleur buteur de Division 1 en 1995), l'AJ Auxerre qu'il porte jusqu'au doublé coupe-championnat en 1996, et l'OM, avec qui il dispute une finale de Coupe UEFA perdue contre Parme à Moscou en mai 1999 (il commet ce soir-là une rare erreur en adressant une passe en retrait trop peu appuyée interceptée par Crespo pour l'ouverture du score). Etrangement pour un joueur de son envergure, Blanc a remporté plus de coupes de France (deux) que de titres de champion hexagonal (un seul sacre avec l'AJA) mais il a à jamais marqué l'histoire du championnat de France avec ses 75 buts dans l'élite, ses sorties classieuses balle au pied, son allure fière et souveraine et son charisme de taulier. Partout où il est passé, il a laissé l'image d'un leader charismatique et d'un capitaine de route toujours exemplaire.
Laurent Blanc fut surtout, bien avant l'arrêt Bosman, un des premiers produits d'exportation made in France. Alors que tous les grands clubs français se l'arrachent, il fait le choix de signer à Naples en 1991, dans ce qui est alors le meilleur championnat du continent. Il n'y restera qu'une saison, ne correspondant sans doute pas à l'idée qu'on se fait d'un défenseur dans la botte ("j'étais arrivé en Italie avec l'idée qu'un libero n'était pas seulement un défenseur", déclarera-t-il plus tard). Il portera également les couleurs blaugrana en 1996-97, recruté par Cruyff en personne, mais une blessure le prive des grands rendez-vous de la saison. Après un passage à l'Inter, où il totalise 44 titularisations à 35 balais, il découvre un quatrième championnat sous le maillot de Manchester United et participe pour la première fois de sa longue carrière à la C1, qu'il n'a d'ailleurs jamais remportée, tout comme Lilian Thuram. C'est sûr un titre de champion d'Angleterre en 2003 que le Président décide de tirer sa révérence après vingt années au plus haut niveau.
Après les désillusions de l'Euro 92 et l'élimination par la Bulgarie en novembre 1993 (c'est lui qui tacle désespérément devant Kostadinov sur le pion maudit), Blanc sera de toutes les conquêtes avec les Bleus, même s'il est suspendu pour la finale en 1998 suite à un carton rouge reçu en demi-finale contre la Croatie. Buteur contre le Danemark à l'Euro 2000, il est titulaire en finale face à l'Italie aux côtés de Desailly, Lizarazu et Thuram, un quatuor qui n'a jamais connu la défaite en bleu. Après avoir mené Bordeaux jusqu'au titre en 2009 en tant qu'entraîneur, il occupe les fonctions de sélectionneur pendant deux ans, de 2010 à 2012, ayant la lourde charge de succéder à Domenech et d'effacer des mémoires l'épisode Knysna. Contre toute attente, le Gardois est nommé à la tête du PSG en 2013 en lieu et place de Carlo Ancelotti. Il y remportera trois titres consécutifs et réussira à poser sa patte sur le jeu de l'équipe, instaurant un 4-3-3 maison spectaculaire avec un extraordinaire trio Motta-Verratti-Matuidi au milieu et Cavani aux côtés d'Ibrahimovic en attaque. Aussi bien sur le terrain que sur le banc, Laurent Blanc restera assurément comme l'un des grands seigneurs du football français.




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