Contre Chelsea à domicile, Arsenal n'a une nouvelle fois pas proposé grand-chose dans le jeu (cinq tirs cadrés au total et 42% de possession) et s'en est encore remis aux coups de pied arrêtés, la spécialité maison, pour faire la différence (deux buts sur corner signés Saliba et Timber). En supériorité numérique suite à l'expulsion de Pedro Neto, les Gunners ont choisi de laisser la possession aux Blues et Raya a signé quelques interventions décisives en fin de rencontre pour éviter une égalisation adverse et permettre aux siens de sauvegarder les trois points. Depuis le début de saison, les hommes d'Arteta ont marqué à 16 reprises sur corner (record déjà égalé sur une saison de Premier League), soit près d'un tiers de leurs buts. Au total, ils ont inscrit 32 buts sur phase statique et n'ont remporté que deux matches en marquant uniquement dans le jeu. De façon cynique et clinique, ils ont fait de leur maîtrise unique des coups de pied arrêtés leur arme principale dans la course au titre et dans leur duel à distance avec City.
En 28 journées, Arsenal n'a planté qu'une seule fois ou pas du tout à douze reprises et ne s'est pas montré vraiment dominant lors des rendez-vous avec les cadors du championnat (1-1 et 2-1 face à Chelsea, 0-1 et 0-0 face à Liverpool, 1-2 et 4-1 contre Aston Villa, 1-0 et 2-3 contre United et 1-1 contre City ). Hormis les quatre pions passés à Aston Villa à l'Emirates, les Gunners n'ont signé des cartons que contre des mal classés (5-0 et 4-0 contre Leeds, 3-0 contre Forest, 4-1 deux fois dans le North London derby) et n'ont pas perdu de points face aux petites équipes (à part des nuls assez piteux à Molineux et au City Ground), là où ils avaient la mauvaise habitude de laisser filer le titre. C'est à croire qu'ils font preuve d'une grande prudence et d'une extrême frilosité lors des face-à-face avec leurs concurrents directs et choisissent de faire le spectacle contre les derniers du classement, dans une sorte de parfait négatif de leurs dernières saisons. Ils semblent avoir retenu la leçon et compris qu'ils n'offriraient un sacre à leurs supporters qu'au prix d'une forme de réalisme et de pragmatisme, alors que leur romantisme les avait condamnés ces dernières années.
Certes, Arsenal possède la meilleure attaque de Premier League avec 58 buts (même si City et ses 57 réalisations compte un match de moins), mais vu la proportion de pions sur phases arrêtées, la statistique s'avère fort trompeuse quant à la qualité du jeu offensif des Gunners. Quand on possède dans ses rangs des milieux tels que Rice, Zubimendi ou Odegaard, des créateurs comme Saka, Martinelli, Trossard, Eze et Madueke et des finisseurs nommés Gyökeres, Havertz et Gabriel Jesus, on doit être en mesure de proposer un football un poil plus ambitieux et de régaler plus régulièrement les travées de l'Emirates. Mais chat échaudé craint l'eau froide, et Arteta, sans doute lassé de récolter des louanges sur la qualité du jeu de son équipe et de finir deuxième, a semble-t-il donné des consignes plus restrictives à ses joueurs et décidé de brider le bolide. Lâcher des points et le titre contre Fulham et Crystal Palace, cela appartient désormais au passé. Et, en doublant tous les postes, le technicien catalan s'est prémuni contre les baisses de régime habituelles dues aux blessures.
Une question mérite d'être posée: une équipe proposant un jeu aussi restrictif et étriqué mérite-t-elle de se voir sacrée championne et de rejoindre au palmarès les fameux invincibles de 2003-2004 (Henry, Pirès, Bergkamp et compagnie)? Cette année-là, Thierry Henry avait inscrit pas moins de trente pions en Premier League, alors qu'à l'heure où nous écrivons ces indispensables lignes, le meilleur buteur des Gunners se nomme Viktor Gyökeres avec dix réalisations inscrites face à Leeds, Burnley, Sunderland, Forest, Everton et Tottenham. Avec l'alléchant trio Cherki-Semenyo-Haaland, souvent bien soutenu par des éléments volontiers joueurs tels que Bernardo Silva, Doku, Foden ou Savinho, City offre souvent bien davantage de divertissement et de plaisir à l'esthète que des Gunners en mode petits épiciers. Prévu le 18 avril à l'occasion de la 33ème journée, le match entre les deux premiers, qui opposera un Arsenal calculateur à un City plus spontanément porté vers l'avant, devrait faire office de juge de paix.




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