mercredi 8 avril 2026

Steven Gerrard, all-around player

Quelle plus belle occasion que ce quart de finale aller entre le PSG et Liverpool pour rendre hommage à Steven Gerrard, légendaire capitaine des Reds et joueur d'un seul club? A vrai dire (la présente et indispensable gazette étant le lieu du parler vrai par excellence), on a rarement vu un joueur aussi complet, polyvalent et brillant dans tous les compartiments du jeu que le natif de Whiston. Doté d'une frappe de balle hors du commun qui lui a permis de marquer une brouette de buts magnifiques et souvent décisifs ("oh you beauty!"), Gerrard possédait en outre une palette très large dans le jeu de passes et était capable aussi bien de lancer un attaquant dans la profondeur que d'adresser une transversale parfaite de cinquante mètres. Il ne laissait pas sa part au clebs dans le jeu aérien, savait se montrer un tacleur et récupérateur émérite et surtout était né avec l'âme d'un véritable leader, de ceux qui montrent le chemin à suivre, trouvent la lumière dans les moments difficiles, refusent catégoriquement la défaite et ont toujours un mot d'encouragement ou une consigne tactique à transmettre à leurs partenaires. Gerrard faisait plus que porter le brassard du LFC: il incarnait littéralement le club, lui qui avait perdu un cousin dans la tragédie de Hillsborough en 1989.

 

Courtisé par les plus grands clubs de l'époque, comme par exemple le Real ou Chelsea, Gerrard a porté le maillot rouge en professionnel de 1998 à 2015, lui qui avait intégré la Liverpool Academy à l'âge de neuf ans. Lancé dans le grand bain par Roy Evans, il affiche des prédispositions et une maturité remarquables pour un gamin de dix-huit piges, et ses qualités ne feront que se développer sous la houlette de Gérard Houllier, avant l'arrivée sur le banc de Benitez. Elu PFA Young Player of the Year en 2001, il pique le brassard à Hyypia deux ans plus tard et devient le héros d'Anfield grâce à son brio, son charisme naturel et sa combativité de tous les instants. Aux côtés des Mascherano, Xabi Alonso ou Hamann, Gerrard régale le public et Fernando Torres, multipliant les prestations ébouriffantes avec une régularité de métronome pour s'installer parmi les meilleurs milieux de terrain de la planète. Ultra-influent dans un rôle de faux meneur de jeu reculé et gare de triage de l'entre-jeu, il bonifie tous les ballons, trouve les bonnes trajectoires et ouvertures, illumine constamment le match, faisant toujours preuve de lucidité et de clairvoyance. Gerrard, c'est Pirlo qui avalerait des kilomètres ou Modric qui poserait des tacles aux quatre coins du terrain.

 

En dix-sept saisons, Gerrard a tout connu sous la mythique tunique rouge, du quintuplé de 2001 marqué par une finale dingue de coupe UEFA contre Alaves à la cruelle désillusion du but de Demba Ba consécutif à une glissade du numéro huit en passant par l'inoubliable miracle d'Istanbul, où il avait ouvert la voie de la remontée en marquant de la tête à l'heure de jeu. Contrairement à ses coéquipiers en sélection Lampard, Scholes et Beckham, il n'a jamais connu le bonheur d'offrir un titre de champion d'Angleterre à ses fans, lui qui l'aurait pourtant mérité plus que tout autre joueur. Mais il aura à jamais marqué l'histoire du club en plantant des pions aussi beaux qu'importants (contre West Ham en 2006 ou l'Olympiakos en 2004) et en restant associé dans la mémoire collective au premier sacre européen des Reds depuis plus de vingt ans, avant l'exclusion des clubs anglais suite au drame du Heysel. Gerrard est le troisième joueur le plus capé de l'histoire du LFC derrière Callaghan et Carragher avec 710 matches disputés, le sixième meilleur buteur avec la bagatelle de 186 réalisations et le deuxième meilleur passeur derrière Dalglish avec 145 caviars. Il a été nommé à huit reprises dans l'équipe-type de Premier League, ce qui constitue un record.

 

Comme nous l'avons déjà eu l'occasion de l'écrire dans la présente et indispensable gazette au sujet de Frank Lampard, on se demande encore comment cette génération exceptionnelle (Lampard donc, Scholes, Beckham, Campbell, Ferdinand, Cole, Rooney, Owen) a réussi à ne jamais rien gagner au niveau international. Sélectionné 114 fois avec les Three Lions entre 2000 et 2014 (quatrième joueur le plus capé derrière Shilton, Rooney et Beckham), Gerrard a participé à trois championnats d'Europe et trois Coupes du Monde sans dépasser le stade des quarts de finale (ses prédécesseurs avaient au moins la décence de se faire sortir aux tirs aux buts par l'Allemagne, pour rester fidèles à la tradition, et non sur un vulgaire coup franc de Ronaldinho). Il a planté contre la Suisse en 2004, Trinité et Tobago et la Suède en 2006, les Etats-Unis en 2010 et inscrit son 21ème et dernier but en sélection en octobre 2013 à Wembley face à la Pologne. Après son immense carrière de joueur, il a tenté sans grand succès de faire profiter plusieurs clubs de son expérience en prenant place sur les bancs des Rangers, d'Aston Villa et d'Al-Ettifaq. Ce ne sont pas forcément les plus grands joueurs qui deviennent les plus grands entraîneurs.

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