Puisque les progrès récents vers le meilleur se font plutôt rares dans le football (la dernière trouvaille de génie étant le VAR, qui a encore démontré à l'occasion de la dernière finale de la CAN à quel point il pourrissait notre sport chéri), avouons que nous étions carrément sceptiques à la veille du coup d'envoi de la nouvelle mouture de la Champions League. Habitués depuis des lustres aux huit groupes de quatre équipes avec deux qualifiés, un reversé en Ligue Europa et un éliminé de toute compétition européenne, nous redoutions que l'UEFA nous fasse le coup du "plus de matches pour plus de pognon" au mépris de l'intérêt sportif. Quoi, une poule unique avec tirage au sort assisté par ordinateur, huit qualifiés directement pour les huitièmes et seize barragistes? Mais qu'est-ce que c'était encore que ce coup de Trafalgar à la mords-moi la jambe de l'amiral Nelson? Quel genre d'usine à gaz footballistique était-on tranquillement en train de mettre sur pied? Or, un an et demi après le lancement de la chose, il faut bien convenir que la formule mise au point par les instances continentales fonctionne fort bien et comporte beaucoup plus d'avantages que de mauvais côtés.
Tout d'abord, et c'était là l'un des arguments avancés par les tenants de la réforme, nous avons droit à une ribambelle de grosses affiches et de chocs alléchants dès la première phase. Cette saison, on nous a par exemple offert des PSG-Bayern, des Chelsea-Barcelone, des Inter-Arsenal ou des Manchester City-Naples, pour ne citer que quelques confrontations entre poids lourds. Et globalement, le spectacle est au rendez-vous, puisque non seulement les montagnes accouchent rarement d'une souris mais qu'on dépasse allègrement la moyenne de trois buts par match, avec un record de 71 pions à l'occasion de la troisième journée. Vous nous rétorquerez, fidèle et avisé lectorat, que le nombre de buts marqués n'est pas forcément synonyme de qualité des rencontres, ce à quoi nous vous répondrons que vous êtes tout à fait en droit de prendre votre panard devant un 0-0 des familles entre Louhans-Cuiseaux et Lons-le-Saunier, si tant est que vous trouviez un diffuseur pour vous adonner à vos masochistes plaisirs. En ce qui nous concerne, un bon vieux 2-2 entre Villareal et la Juventus suffit à notre bonheur monomaniaque.
Autre point fort essentiel de ce format new look: le suspense jusqu'au bout, alors qu'avec l'ancienne formule, on connaissait souvent l'identité des deux qualifiés au bout de trois ou quatre matches, ce qui avait pour effet pervers de fausser les derniers matches, comme c'est souvent le cas dans un schéma de poules classique. On se souvient par exemple que le PSG a joué la saison dernière un match à quitte ou double ("do or die" comme on dit dans le sport américain, si tant est que ce terme ne relève pas de l'oxymore) contre City pour se qualifier de justesse avant de monter en puissance et de rafler la mise. Cette saison, une vingtaine d'équipes se tiennent encore en cinq points avant la dernière journée, du PSG, sixième, au FC Copenhague, 26ème, et seules quelques rares formations sont déjà éliminées. Dans toute l'Europe, les fans ont dégainé la calculette pour tirer des plans sur la comète, et on ne connaîtra sans doute le classement final qu'à la dernière seconde des huitièmes matches disputés. L'adoption d'une poule unique a donc totalement relancé l'intérêt de la première phase de l'épreuve, pour le plus grand bonheur des chaînes de télévision.
Auparavant, finir premier se sa poule ne donnait comme seul avantage que de jouer le deuxième d'un autre groupe en huitièmes et de disputer le match retour à domicile. Désormais, les huit premiers se voient carrément dispensés de barrages et les quatre premiers ont l'assurance de recevoir systématiquement lors des deuxièmes manches, d'où l'intérêt de se battre jusqu'au bout pour ramasser un maximum de points et se faciliter l'existence. On le voit bien avec l'exemple d'Arsenal, qui était déjà assuré de terminer parmi les huit premiers mais s'est arraché pour aller chercher une précieuse victoire sur le terrain de l'Inter et s'offrir ainsi un huitièmes a priori tranquille. En un seul match perdu face à l'Athletic Bilbao après avoir mené au score, l'Atalanta a dégringolé de la troisième à la treizième place du classement. Et la dernière journée en forme de bouquet final offrira son lot de questions passionnantes: le tenant du titre finira-t-il dans le top huit? L'Ajax et Benfica peuvent-ils encore sauveur leur peau? Naples reviendra-t-il du diable vauvert vers l'extérieur? Bilbao jouera-t-il les miraculés de service? Vous le saurez, chers téléspectateurs, en regardant le dernier épisode de ce passionnant feuilleton.




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