Pour des raisons mystérieuses et inexplicables, le génial Angel Di Maria fait rarement partie de la discussion lorsqu'il s'agit d'évoquer les plus grands joueurs de l'histoire de l'Argentine et du 21ème siècle. On en fait (avec raison) des caisses sur Messi, qui malgré ses huit baballes dorées ne sera jamais l'égal de Maradona, ni sur le terrain, ni en dehors. On songe naturellement à Kempes, sombre héros d'un Mondial 78 ignoble, à Batistuta, insatiable goleador, à Ardiles, idole de Tottenham, à Redondo, joueur d'une élégance folle, à Crespo et ses statistiques dingues ou encore, pour les véritables esthètes, à Riquelme, le dieu vivant de la Bombonera. Mais Di Maria, probablement parce qu'il s'agissait d'un homme humble, modeste et qui n'a jamais cherché à tirer la couverture à lui, restera toujours dans l'ombre des légendes de l'Albiceleste, malgré une carrière aussi longue qu'exemplaire et un palmarès long comme le bras droit de Wembanyama.
On parle quand même d'un type qui a remporté une Coupe du Monde et marqué en finale à 34 ans, raflé une Copa America que tout un pays attendait depuis presque trente ans, offert un titre olympique aux siens en 2008, gagné une Champions League avec le Real en servant du caviar à la pelle et terminé meilleur passeur de trois championnats différents (Portugal, Espagne et France). Di Maria était un artiste altruiste, un immense talent qui faisait absolument ce qu'il voulait avec son pied gauche mais pensait avant tout à régaler ses coéquipiers d'ouvertures et de centres à la précision diabolique. Mis à a part peut-être à Benfica, il n'a jamais été la star de son équipe, toujours éclipsé médiatiquement par Messi, Ronaldo, Ibrahimovic et Mbappé (belle brochette de boulards au passage), mais ses entraîneurs successifs (Mourinho, Ancelotti, Blanc, Emery, Tuchel) avaient parfaitement conscience de son importance primordiale dans le onze et dans son influence prépondérante sur le jeu de l'équipe. En outre, il était toujours capable de sortir de sa boîte pour sortir une prestation éblouissante, comme lors du 4-0 au Parc contre Barcelone en 2017.
El Fideo commence sa carrière professionnelle à l'âge de 17 ans à Rosario, et ses performances ne tardent pas à susciter l'intérêt de quelques cadors européens. C'est finalement le Benfica, où il restera trois ans et sera sacré meilleur joueur du championnat en 2010, qui remporte la mise, avant un transfert au Real pour le prix cadeau de 30 millions d'euros. Durant quatre saisons, Di Maria régale le Bernabeu de gestes de classe mondiale aux côtés d'un autre joueur éminemment sous-coté du nom de Mesut Özil. Lorsque Gareth Bale débarque, Ancelotti choisit de le faire reculer d'un cran et il continue à épater son monde, finissant tout simplement meilleur passeur en Liga et en Champions League. Mais les arrivées de Kroos et James Rodriguez le poussent vers la sortie et, en signant pour Manchester United, il devient le joueur le plus cher de l'histoire de la Premier League. Malheureusement, le très rigide Van Gaal le cloue au banc de touche et il doit trouver une porte de sortie au PSG, qui avait déjà cherché à le recruter l'été précédent.
Sous le couleurs du club parisien, l'Argentin remporte cinq titres de champion, terminant sa première saison avec 15 pions et 24 offrandes. Après avoir claqué un doublé vengeur contre le Real au Parc en septembre 2019, il délivre en finale de coupe face à Monaco le 19 mai 2021 sa 104ème passe décisive sous le maillot parisien et détrône une autre figure historique du club, Safet Susic. Après avoir échoué à offrir un premier sacre européen au club avec ses deux compères Neymar et Mbappé, il se voit poussé dehors par des dirigeants quelque peu ingrats (voire ingrats double) et rejoint les rangs de la Juventus, où il est accueilli en héros mais ne restera qu'un an, le temps d'offrir huit buts et sept caviars. Et la classe absolue du bonhomme, c'est d'avoir su boucler la boucle en finissant son immense carrière dans ses deux clubs de cœur, le Benfica, qu'il retrouve treize ans après l'avoir quitté, et Rosario Central, où l'idole locale signe en mai 2025, à l'âge de 37 ans. Que l'on rende enfin à cet homme simple et porté par de trop rares valeurs humaines les honneurs qui lui sont dus.




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