vendredi 30 janvier 2026

L'indispensable Benjamin André

En l'absence de son capitaine Benjamin André, le LOSC avait enchaîné les revers, prenant même une véritable déculottée à Pierre Mauroy contre Strasbourg et laissant un OL euphorique s'échapper au classement. Et puis la blessure à l'épaule du monsieur a fini par cicatriser, le numéro huit nordiste a pu réintégrer le onze et, coïncidence notoire, Lille a signé son premier succès contre Fribourg après cinq défaites consécutives et obtenu son billet pour les barrages de la Ligue Europa. Vous l'aurez compris, fidèle et avisé lectorat de la présente et indispensable gazette, lorsqu'on nous parlons de coïncidence, nos propos sont teintés d'une certaine ironie qui n'est d'ailleurs pas sans évoquer les meilleurs pages de Pierre Desproges. Car on ne mesure pas suffisamment l'importance prépondérante d'André dans le système de jeu lillois, sa colossale influence et le caractère tout simplement indispensable de sa présence dans l'entre-jeu de l'équipe de Génésio.

 

L'ancien Rennais gratte des pelletées de ballons (près de deux cent depuis le début du championnat), tacle comme un chat maigre, s'impose dans les duels, joue toujours d'une façon juste et tout en sobriété et fait preuve d'une épatante polyvalence. En outre, il est également capable de planter de temps à autre (deux buts en quatre apparitions en Ligue Europa cette saison) et possède un jeu de tête extraordinaire pour un joueur d'1,80m. Mais son impact sur le collectif ne se mesure pas qu'en termes statistiques, car de par sa fonction de capitaine, il replace ses coéquipiers, relaie les consignes de l'entraîneur, encourage et remotive les troupes, en véritable ciment de l'édifice lillois. Il est à peu près certain que Bouaddi, au potentiel incroyable et qui fait saliver tous les cadors du vieux continent, doit en grande partie son éclosion à son aîné et ne se montre pas aussi performant en l'absence du vieux routier des pelouses de Ligue 1. Benjamin André, c'est aussi et avant tout un état d'esprit et une mentalité irréprochables, salués par Génésio fin décembre: "J'ai rarement vu un joueur aussi impliqué que Benjamin. Il a une mentalité de gagneur, de compétiteur. C'est tous les jours à fond, tous les jours la compétition".

 

Comme le souligne également le technicien lillois, lorsqu'on on a près de 500 matches au compteur, qu'on joue une cinquantaine de rencontres par saison et qu'on continue à tutoyer les sommets, il n'y a pas de place pour le hasard. André a commencé sa carrière professionnelle à l'AC Ajaccio, qu'il a contribué à faire accéder à l'élite en 2011, puis rejoint les rangs du Stade Rennais en 2014. On lui confie bien évidemment le brassard après quelques années au club, avec lequel il remporte une Coupe de France mémorable face au PSG en 2019. Il participe activement au titre lillois de 2021 aux côtés de Boubakary Soumaré et dispute un huitièmes de finale de Champions League contre Chelsea. C'est Pablo Fonseca, un type qui ne connaît rien au football, qui le nomme capitaine du LOSC en 2023, et il a prolongé l'année dernière son contrat de deux années supplémentaires, à l'âge de 34 ans, preuve de la confiance et de l'estime que lui témoignent staff et dirigeants.

 

Pour l'ensemble de son œuvre, André, sélectionné avec les Espoirs au début de sa carrière, aurait mérité au moins une cape symbolique en équipe de France (rappelons que Sissoko compte 71 sélections, Rabiot 56, Tchouameni 43 et Camavinga 28). Mais on ne sait malheureusement que trop bien qui préside aux destinées de l'équipe nationale depuis quatorze trop longues années, et André ne correspond pas à deux critères fondamentaux de DD la science: il ne possède pas une paire de cuisses suffisamment volumineuse et n'évolue pas dans un "grand club" (aviez-vous noté qu'Olise et Ekitike avaient été appelés pour la première fois après avoir respectivement signé au Bayern et à Liverpool?). A 35 piges, le train est définitivement passé pour le capitaine lillois, qui présente en prime le désavantage d'être une forte tête, comme Tolisso, quand DD préfère les bons petits soldats obéissants et malléables. Mais peu importe tout compte fait: les véritables connaisseurs de la baballe ronde connaissent la valeur de Benjamin André et tirent leur chapeau devant son remarquable parcours. 

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