samedi 21 février 2026

Ajorque, monument déclassé

Les dirigeants brestois ont signé un sacrément joli coup à l'été 2024 quand ils ont fait signer Ludovic Ajorque pour cinq petits millions, eux qui étaient à la recherche d'un attaquant fiable dans l'optique de la Champions League. Depuis son arrivée au SB29, le Réunionnais a claqué 18 pions en Ligue 1, agrémentés de 9 caviars pour ses partenaires (il est actuellement le meilleur passeur du championnat avec sept offrandes), ce qui fait de lui l'un des attaquants les plus rentables de l'hexagone à 32 balais. L'OM a choisi de poser vingt plaques sur Gouiri et de faire revenir Aubameyang, mais hier soir Benatia et compagnie se sont douloureusement rendus compte des dégâts qu'Ajorque pouvait causer dans une défense et de l'impact qu'il pouvait avoir sur une rencontre. Le natif de Saint-Joseph n'était sans doute pas un nom suffisamment ronflant pour les patrons de l'OM, éternellement en quête du fameux "grantatakan", mais on ne doute pas une seule seconde qu'il n'aurait pas fait tache dans l'effectif marseillais.

 

Hier soir, à l'occasion de la 23ème journée, Ajorque a marché sur la défense de l'OM, dominant Aguerd et Pavard ("Benjamin fait partie du groupe depuis longtemps, on connaît son parcours et ses qualités": Didier Deschamps, le 20 mai 2026) de la tête et des épaules. Non seulement il a planté un doublé, mais il a pesé de tout son poids sur l'arrière-garde olympienne tout au long de la rencontre en servant de point d'appui et de relais, de cible privilégiée sur les longs ballons et de tête de pont du pressing brestois. De la première minute au coup de sifflet final, il a donné du fil à retordre à une charnière centrale adverse totalement dépassée ("Benjamin a connu une saison difficile mais on sait ce qu'il peut apporter au groupe": Didier Deschamps, le 20 mai 2026) qui a cédé par deux fois face à ses coups de boutoir répétés. Homme du match, il a incarné le remarquable état d'esprit et la combativité bretons, donnant le ton et montrant l'exemple à ses coéquipiers.

 

Aucun défenseur de Ligue 1 ne se réjouit à l'idée de se coltiner Ludovic Ajorque, son 1,95m et ses 95 kilos. L'ancien Strasbourgeois est un véritable attaquant de surface, un vrai finisseur, un avant-centre à l'ancienne qui sent parfaitement les coups et sait immanquablement se trouver au bon endroit au bon moment (à l'instar de l'agence tous risques) pour conclure. En outre, il est loin d'être maladroit techniquement, ce qui lui permet de jouer entre les lignes et de dézoner pour participer à la construction des mouvement offensifs. Sur les contre-attaques, c'est souvent lui qui sert de rampe de lancement à Del Castillo ou Dina Ebimbe avant d'aller se placer dans la surface et de faire parler notamment son extraordinaire jeu de tête. Prendre le bonhomme au marquage, c'est être assuré de recevoir quelques coups de coude et d'épaule bien sentis et de prendre la mesure de la carrure hors normes de la bête, qui évoque certains attaquants du passé comme Hrubesch, Cahill ou Klose.

 

Après avoir mis dans sa poche le public de la Meinau avec une pointe à 16 buts en 2020-2021 et signé une première saison correcte sous le maillot de Mayence, Ajorque a trouvé avec le Stade Brestois un club taillé sur mesure pour lui, qui met en avant les vertus du collectif, la sueur et le dévouement. Adoré par ses coéquipiers et les habitués de Francis Le Blé et hautement considéré par le staff, il est l'anti-star d'une équipe qui ne se prend pas pour une autre et s'appuie sur des valeurs chères à Berbizier et Lièvrement comme l'humilité, la modestie et le travail. Le SB29 ne fait pas beaucoup causer sur le plateaux télé, où l'on préfère déblatérer sur l'OM à longueurs d'émissions, mais il bosse remarquablement et occupe ce matin une confortable onzième place avec treize unités d'avance sur le barragiste auxerrois: un véritable tour de force quand on ne possède que le seizième budget de Ligue 1.  

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