Le monde découvre Patrick Kluivert le 24 mai 1995, lorsque le jeune attaquant d'à peine dix-neuf ans, entré en jeu un quart d'heure plus tôt à la place de Jari Litmanen, offre la coupe aux grandes oreilles à l'Ajax face au Milan AC à Vienne. Le petit prodige, pur produit de la maison rouge et blanche, symbolise l'extraordinaire qualité d'un centre de formation d'où émergera une génération dorée (Van der Sar, Overmars, Davids, Seedorf, Reiziger, Kanu, les frangins De Boer) qui fera le bonheur des cadors européens et se trouve alors parfaitement encadrée par les vieux routiers Blind et Rijkaard ainsi que les fort talentueux Litmanen et Finidi. La saison suivante, cette incroyable équipe passera à deux doigts du back to back en C1, seulement battue aux tirs aux buts par la Juventus de Vialli et Del Piero en finale à Rome. Avec cinq réalisations en huit apparitions, Kluivert se classe cinquième meilleur buteur de la compétition derrière Litmanen, Raùl, Del Piero et Warzycha.
Avant-centre athlétique et puissant, doté d'un jeu de tête largement au-dessus de la moyenne et d'un sens inné du but, Kluivert est davantage un attaquant de surface qu'un dévoreur d'espaces. Il ne s'appuie pas sur une vélocité démentielle, même s'il s'avère plutôt mobile pour son gabarit, mais plutôt sur un instinct infaillible qui lui permet de toujours sentir les coups et de se placer remarquablement au cœur de la défense adverse ou à la réception des centres. Il plante rarement des buts d'anthologie façon retourné acrobatique en lucarne mais enchaîne les pointus, les tacles au fond et les coups de tête rageurs avec une régularité qui aurait pu faire passer Gerd Müller pour un esthète des pelouses. Malgré la concurrence féroce d'attaquants bataves comme Makaay, Van Hooijdonk ou Van Nistelrooy, il a su grâce à ses qualités intrinsèques demeurer un buteur fiable pour l'équipe nationale pendant près d'une décennie et marquer l'histoire des Oranje de son empreinte.
Après les années Ajax, Kluivert, qui retrouve ses anciens coéquipiers Reiziger et Davids, rejoint en 1997 le Milan AC, un club fortement marqué par le football néerlandais depuis l'époque du trio Rijkaard-Gullit-Van Basten. Il ne restera qu'un an en Italie, marquant seulement six fois en championnat au sein d'une équipe en crise qui ne termine que dixième. Séduit par l'idée de renouer avec son mentor Louis Van Gaal, Kluivert signe en 1998 au Barça, autre club formateur à jamais marqué par Johan Cruyff. Dès sa première saison, il plante seize buts en Liga et forme une paire aussi redoutable que complémentaire avec Rivaldo, sacré Ballon d'Or à fin de l'année 1999. Au terme de ses cinq années passées en Catalogne, Kluivert dépasse largement la barre des cent buts inscrits mais doit se contenter d'un seul titre de champion, le FC Barcelone devant alors composer non seulement avec l'opposition madridiste mais également avec l'adversité proposée par La Corogne et Valence. Malheureusement, la suite de sa carrière en club, de Newcastle à Lille en passant par le PSV, est à placer dans la catégorie anecdotique.
Sélectionné pour la première fois en novembre 1994 contre la République Tchèque, Kluivert ouvre son compteur international dès sa deuxième cape, sept minutes après avoir remplacé Ronald De Boer face à Malte. Blessé, il rate une bonne partie de l'Euro 96 mais marque face à l'hôte anglais et permet aux siens de passer le premier tour. Deux ans plus tard, c'est encore lui qui égalise contre le Brésil en demi-finale à Marseille, après avoir ouvert le score contre l'Argentine en quart (le second but, tout simplement légendaire et œuvre de Dennis Bergkamp, fait office de logo de la présente et indispensable gazette). Lors de l'Euro 2000 à la maison, Kluivert inscrit cinq pions en autant de rencontres, dont un triplé lors de la démolition en règle de la Yougoslavie, mais trouve le montant sur penalty contre l'Italie en demi-finale (les Bataves manquent deux penalties dans le temps réglementaire et se font sortir aux tirs aux buts). Avec 40 buts en 79 sélections, il reste à ce jour le quatrième meilleur buteur de l'équipe nationale derrière Depay, Van Persie et Huntelaar et aura, après des débuts tonitruants avec l'Ajax, sans doute davantage marqué les esprits en sélection qu'en club.




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