jeudi 18 septembre 2025

L'Italie ou la peur du vide

Question à dix mille dollars sponsorisée par Cyril Féraud le ravi de la crèche: pouvez-vous citer un joueur italien actuel à placer dans la catégorie des fuoriclasse, celle des Riva, Rivera, Facchetti, Tardelli, Maldini, Baggio, Del Piero, Pirlo ou Totti (envoyez vos réponses à La Pause Cigare, rue Didier Deschamps 41600 Lamotte-Beuvron et gagnez un maillot dédicacé de Guendouzi)? La réponse est probablement non, car le football transalpin traverse actuellement une crise sans précédent et doit faire face à une pénurie de talents qui en dit long sur sa mauvaise santé. Alors que la Serie A, hégémonique sur le continent dans les années 90, a sérieusement rétrogradé dans la hiérarchie (et que, symboliquement, le meilleur buteur du dernier championnat, Mateo Retegui, a signé en Arabie Saoudite) malgré les deux finales récentes de l'Inter, l'Italie se voit confrontée au spectre d'un troisième tournoi mondial consécutif manqué, ce qui constituerait une véritable anomalie historique. Battue sèchement par la Norvège en juin, la Squadra Azzura jouera un match capital contre la clique d' Haaland le 16 novembre prochain pour s'éviter de nouveaux et périlleux barrages.

 

Personne ne se bousculait au portillon pour prendre les rênes d'une sélection malade et succéder à Luciano Spalletti, piteusement éliminé par la Suisse en huitièmes de finale du dernier Euro. Les grands techniciens italiens, de Mancini à Ancelotti en passant par Allegri ou Inzaghi, ont tous poliment décliné l'offre, et c'est finalement le valeureux Gattuso qui a accepté de porter la destinée nationale: pas franchement un gage de sécurité et de résultats, étant donné les états de service plutôt moyens du sélectionneur en club (limogé par le FC Sion et Palerme, démission de son poste à l'OFI Crète, départ précipité de la Fiorentina, 14ème place avec Valence, passage plus que mitigé sur le banc de l'OM). Mais l'ancien porteur d'eau et aboyeur en chef du Milan AC a eu au moins le mérite d'attraper la patate chaude à deux mains, lui dont les qualités de meneur d'hommes sont aussi reconnues que ses carences en termes de culture tactique. La mission du nouveau patron de la sélection consiste à emmener ses troupes sur le continent américain l'été prochain, et le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'est pas des plus aisées. Aucun sélectionneur d'une grande nation européenne ne se trouve dans une position plus inconfortable que lui, mis à part peut-être Julian Nagelsmann, très critiqué outre-Rhin mais qui peut s'appuyer sur un réservoir d'un tout autre niveau.

 

S'appuyant toujours sur les cadres Donnarumma, Di Lorenzo, Bastoni, Barella, Tonali et Retegui, Gattuso a choisi d'aligner un solide 3-5-1-1 pour son premier match sur le banc contre la Moldavie à Reggio Emilia, avec Raspadori placé au soutien direct de Retegui et un milieu à trois têtes composé de Frattesi, Tonali et du prometteur Samule Ricci, transféré du Torino au Milan AC pendant l'été. Face à l'Estonie, il a opté pour un 4-4-2 plus classique avec Calafiori associé à Bastoni en défense centrale, la paire Tonali-Barella à la baguette, Zaccagni et Politano sur les flancs et un duo d'attaque Kean-Retegui. C'est l'attaquant de la Fiorentina qui a montré la voie aux siens en ouvrant la marque à la 58ème après une première mi-temps poussive, bientôt imité par l'inévitable Retegui (6 buts en 20 sélections, un bilan comptable légèrement supérieur à celui de Marcus Thuram) et Raspadori, buteur quatre minutes après son entrée en jeu. Dans la mesure où l'Italie ne dispose pas actuellement de véritable meneur de jeu à la Pirlo, il s'agit peut-être du dispositif idoine pour la Squadra, sachant que Tonali et Barella possèdent de véritables qualités d'organisation et de passe et sont également capables de s'acquitter des basses besognes dans l'entre-jeu.

 

La bande à Gennaro se déplacera en Estonie le 11 octobre et en Moldavie le 13 novembre, recevant entre temps Israël le 14 octobre à Udine. Elle sera dans l'obligation absolue de faire le plein de points pour maintenir le contact avec une sélection norvégienne qui la devance de six points (avec un match en plus) et inspire la crainte après ses onze buts passés à la Moldavie avec un quintuplé de vous savez qui. Les temps de passage de la formation scandinave après cinq matches sont parfaits (quinze points, 24 buts marqués pour 3 encaissés) et les coéquipiers d' Odeggaard ont les dents qui touchent la pelouse, le pays ayant échoué à se qualifier pour le moindre tournoi international depuis l'Euro 2000. Les hommes de Stale Solbakken, ancien international aux 58 sélections en poste depuis 2020, auront à cœur de rejoindre dans l'histoire les anciennes gloires Flo, Solskjaer, Riise, Pedersen ou Johnsen et constitueront un obstacle de taille pour les Italiens, quadruples champions du monde qui feront tout pour ne pas revivre le cauchemar d'une élimination en barrages face à la Suède en 2017 et la Macédoine du Nord en 2021. Avant ce véritable cataclysme footballistique, la Squadra Azzura n'avait jamais manqué une Coupe du Monde depuis 1958. 

 

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