Durant l'été 2002, le feuilleton de la cuisse de Zidane, blessé à cinq jours du début du Mondial asiatique lors d'un dernier match amical de préparation face à la Corée du Sud, avait fait couler beaucoup d'encre et tenu la France en haleine. Attendu comme le messie pour le dernier match de poule face à Danemark, Zizou, diminué et sur une jambe, n'avait pu à lui seul empêcher le désastre et une inimaginable sortie de route au premier tour des champions du monde et d'Europe en titre. On avait beaucoup moins parlé de l'absence de Robert Pirès, gravement touché au genou en mars à l'occasion d'un match de Cup contre Newcastle, qui avait pourtant marqué le début d'une sorte de série noire de très mauvaise augure pour les Bleus de Roger Lemerre. Car le joueur doué mais timide qu'Aimé Jacquet avait sérieusement secoué en 1998 lors d'une causerie restée dans les mémoires (le fameux "muscle ton jeu, Robert") s'était mué à presque trente ans en un élément incontournable du groupe France et l'un des piliers de l'Arsenal de Wenger, alors une des meilleures équipes du continent. Son forfait pour la Coupe du Monde fut une véritable catastrophe pour les Bleus, dont on n'avait pas tout à fait mesuré l'ampleur à l'époque.
Né et formé à Reims dans une famille d'origine portugaise, Pirès rejoint le FC Metz en 1992, avec lequel il se révèle aux yeux du pays (les célèbres "PP flingueurs" avec Cyrille Pouget, le buteur maison), est élu meilleur espoir du championnat aux trophées UNFP en 1996 et lutte jusqu'au bout avec ses onze buts pour le titre avec le RC Lens en 1998. Proche de signer au Benfica, le club de cœur de son père, en 1995, il signe finalement à l'OM à l'été 1998 en tant que tout frais champion du monde. Après une première saison plutôt réussie (6 pions et 9 caviars en championnat), il connaît une seconde année beaucoup plus difficile sous les ordres de Courbis puis Casoni et échoue à offrir le sacre à Marseille, devancée d'un souffle par Bordeaux en 1999 (avec la complicité évidente du PSG) et seulement quinzième la saison suivante. Mais Arsène Wenger, en vieux briscard des bancs de touche, a décelé les qualités encore inexploitées du bonhomme et fait sortir le chéquier à ses dirigeants pour faire signer Pirès, malgré un intérêt marqué du Real Madrid.
Si l'ancien Messin fait le choix de traverser la Manche, c'est parce qu'il a été convaincu par le discours du technicien français et rejoint une colonie française formée de Vieira, Henry, Wiltord et Grimandi. Il a d'abord pour mission de remplacer Overmars, parti à Barcelone, et, après une saison d'adaptation, il commence à donner sa pleine mesure et à convaincre pleinement les habitués d'Highbury. Lorsqu'il se blesse au printemps 2022, il a inscrit neuf buts et délivré quinze passes décisives en 28 rencontres de Premier League, ce qui lui vaut d'être élu meilleur joueur du championnat par la presse anglaise. De retour à la compétition, il marque l'unique but des siens en finale de Cup en 2003 contre Southampton. Puis vient la fameuse saison des "invincibles" (Campbell, Cole, Vieira, Gilberto Silva, Fabregas, Ljungberg, Henry, Bergkamp, Kanu, Wiltord, mazette quelle équipe) au terme de laquelle Pirès termine meilleur passeur de Premier League. En fin de contrat, il signe à Villareal en 2006, au sein d'une Liga qui correspond parfaitement à son profil technique. A nouveau victime d'une rupture des ligaments croisés avant le coup d'envoi de la saison, il contribue à son retour à la remontée de son équipe de la quatorzième à la cinquième place. Dauphin du Real en 2008, Pirès est sacré homme du match lors d'une victoire sur le FC Barcelone.
En équipe de France, Pirès connaît d'abord deux moments marquants: c'est lui qui centre pour la remise de la tête de Trézéguet vers Blanc contre le Paraguay à Lens en 1998 et qui, après un débordement d'école côté gauche, offre le but en or au même Trézéguet en finale de l'Euro 2000. En 2001, au sommet de son art et dans un rôle de milieu récupérateur-relayeur-organisateur, il éblouit la planète en l'absence de Zidane à l'occasion de la Coupe des Confédérations asiatique. A la fois travailleur et brillant, juste et dur au mal, excellent dans la polyvalence, Pirès s'impose comme le patron de l'entre-jeu tricolore et se voit récompensé des titres de meilleur joueur et soulier d'or d'un tournoi que la France remporte face à l'hôte japonais. Mais si vous demandez au monsieur quel a été le pire épisode de sa carrière, il vous parlera à coup sûr de son remplacement en finale de Champions League 2006 contre le Barça au Stade de France suite au carton rouge reçu par Lehmann dès la vingtième minute. Champion du monde et d'Europe, double champion d'Angleterre et trois fois vainqueur de la Cup, Pirès n'a jamais remporté la coupe aux grandes oreilles, mais son parcours aura été des plus remarquables et exemplaires.




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