"Son pied gauche ne lui sert à rien, il est mauvais de la tête, il ne sait pas tacler et il ne marque pas souvent. A part ça, il est pas mal": la saillie est signée George Best le bien nommé, l'homme qui affirmait avoir gâché le pognon qu'il n'avait pas claqué pour l'alcool et les femmes, à propos d'un autre porteur du numéro 7 mythique de Manchester United, David Beckham. Evidemment, Becks a toujours été dans le viseur des puristes, parce qu'il était le Spice Boy et incarnait le star system et le mélange des genres, parce qu'il était et est toujours immensément riche, parce qu'il avait une gueule de jeune premier et faisait craquer les minettes, parce qu'il changeait de look aussi souvent qu'un autre David anglais mondialement célèbre (Bowie) et qu'il a porté le maillot de clubs bling-bling et ultra-médiatisés comme le Real, le PSG, le Milan AC ou le Los Angeles Galaxy. Mais ce serait se tromper largement sur son compte que de le réduire à un produit marketing uniquement destiné à faire vendre du parfum et des tabloïds, car le monsieur possédait des qualités footballistiques indéniables, pour ne pas dire quasiment uniques. Vous pensez vraiment qu'un Alex Ferguson, qui ne s'est d'ailleurs pas privé de lui balancer une godasse dans la tronche, aurait fait de lui un titulaire précoce s'il avait été dénué du moindre talent?
Ce qui rend Beckham remarquable et lui vaut une place parmi les barons du jeu et dans la présente et indispensable rubrique, c'est la précision diabolique de son pied droit: il pouvait adresser une transversale parfaite de soixante mètres sur la poitrine d'un coéquipier, trouver la lucarne régulièrement sur coup franc (18 free kicks directs en Premier League, un record en la matière) grâce à une technique de frappe très particulière, poser un centre millimétré sur la tête d'un avant-centre ou lober le gardien adverse du milieu de terrain comme on allume une clope. Avec United, sa position excentrée lui permettait de peser sur le jeu simplement grâce à sa justesse de frappe, sans avoir besoin de déborder pour alimenter ses attaquants et en brossant et travaillant toujours admirablement ses ballons. En quelque sorte, Beckham a inventé un poste, ou on a créé un pour lui, ce qui en dit long sur la rareté de son profil et l'excellence du bonhomme.
Beckham appartient à la génération dorée des Fergie boys, celle des Butt, Scholes et Neville, qui a succédé aux Busby babes de Duncan Edwards, au destin broyé dans un crash aérien. Gamin d'une famille londonienne fan des Red Devils, il intègre le centre de formation de United en 1991 et fait ses premiers pas sous le maillot rouge en avril 1995. Avec son club de cœur, il remporte six titres de champion d'Angleterre, deux FA Cup et une Champions League au terme d'un scénario dingue au Camp Nou en 1999, année du triplé pour United (c'est d'ailleurs lui qui frappe les deux corners qui aboutissent aux buts de Solskjaer et Sheringham dans les arrêts de jeu contre le Bayern). Mais l'idylle n'a qu'un temps et les relations se tendent entre le manager écossais et la nouvelle coqueluche des sujets de Sa Gracieuse, au point que Beckham décide de quitter Manchester, après plus de 400 matches disputés, 85 buts et une brouette de trophées glanés au fil des années.
Avec le Real des "galactiques" (Figo, Zidane, Ronaldo et compagnie), Beckham, qui a la lourde charge de succéder à Makélélé, indispensable à l'équilibre de l'équipe, doit réinventer son jeu et enfiler le bleu de chauffe dans un rôle plus axial. Ne rechignant pas à la tâche tout en conservant son exceptionnel jeu long, il s'attire les louanges des spécialistes et du public exigeant du Bernabeu, même s'il ne peut à lui seul garantir la cohésion de l'ensemble. Victime et symbole des années sombres du Real et de la politique délirante de Florentino Perez, Beckham gagne une seule fois la Liga en 2007, alignant les prestations de premier plan dans le sprint final malgré les réticences de Capello à son égard. Après trois années passées entre Los Angeles (où on estime qu'il gagne cent dollars par seconde sur le terrain) et Milan, il signe au PSG en janvier 2013, à l'âge de 37 ans, transfert que beaucoup percevront comme un énorme coup publicitaire pour le Qatar. Il dispute son premier match au Parc face à l'OM, débute dans le onze à Barcelone lors d'un quart de finale continental et s'adjuge un huitième titre de champion avant de ranger les crampons au placard.
Sélectionné à 115 reprises en équipe nationale entre 1996 et 2009, Beckham a pris part à une vingtaine de matches en tournoi international avec les Three Lions, planté 17 pions et n'a jamais connu la défaite lorsqu'il a trouvé le chemin des filets. Haï par tout un peuple après son carton rouge reçu à Geoffroy-Guichard en 1998 contre l'ennemi argentin au point de se faire huer par les fans anglais lors de l'Euro 2000, il réussit le tour de force de renverser l'opinion sur sa pelouse d'Old Trafford (avec le brassard au bras s'il vous plaît) en qualifiant les siens pour le Mondial asiatique d'un sublime coup franc contre la Grèce à la 93ème minute le 6 octobre 2001 (le commentateur hurle même alors au micro que la reine devrait le faire chevalier). Beckham a terminé deuxième du classement du Ballon d'Or en 1999 et du joueur FIFA de l'année en 1999 et 2001, a été nommé par Pelé dans la liste des cent plus grands joueurs en activité en 2004, a été introduit au Premier League Hall of Fame en 2021 et reste le seul joueur anglais à avoir gagné un titre dans quatre pays différents. Ambassadeur de l'UNICEF depuis 2005, Sir David Robert Joseph Beckham est aujourd'hui un homme d'affaires accompli et l'heureux co-propriétaire de l'Inter Miami et de Salford City.





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