L'espace de quelques minutes, on a bien cru que Paolo Maldini allait enfin décrocher son premier Ballon d'Or, à presque 37 ans. Ce 25 mai 2005 au stade olympique Atatürk, le défenseur milanais ouvre la marque en finale de Champions League contre Liverpool dès la première minute, consacrant, pensait-on sur le moment, une carrière digne d'un héros mythologique. En première mi-temps, les hommes de Carlo Ancelotti marchent littéralement sur la tronche des Reds, dépassés par la maîtrise collective milanaise. Remarquablement servi dans la profondeur, Hernan Crespo crucifie Dudek par deux fois, donnant un avantage de trois buts aux siens à la pause et ignorant encore qu'il restera l'un des rares joueurs à avoir planté un doublé en finale européenne sans repartir avec le trophée. Personne n'imagine une seconde que Liverpool peut revenir dans le match, tant la domination lombarde est nette et manifeste.
Il faut dire que cette formation milanaise a une sacrée gueule sur le papier: une charnière centrale Stam-Nesta (l'alliance de la dureté et de l'élégance), des latéraux nommés Maldini et Cafu (peut-être tout simplement les meilleurs de tous les temps à leurs postes respectifs), un quatuor dingue au milieu composé de Pirlo en meneur de jeu reculé, Gattuso en chien de garde, Seedorf le talisman et Kaka, qui sera sacré Ballon d'Or deux ans plus tard. En attaque, le duo Crespo-Chevchenko a claqué douze buts dans la compétition. Les rossoneri ont éliminé United, l'Inter et le PSV Eindhoven pour se hisser jusqu'en finale. En face, les Reds, qui ont sorti le Bayer Leverkusen, la Juventus et Chelsea, s'appuient sur les Scousers pur jus Gerrard et Carragher, le Finlandais Hyypia, la recrue basque Xabi Alonso, les cannes de Riise et Luis Garcia et le talent du tandem Kewell-Baros. C'est trop peu pour résister à la machine milanaise, se dit-on en sirotant une Guinness à la pause, d'autant que Djibril Cissé, à peine remis d'une double fracture tibia-péroné, prend place sur le banc aux côtés de Smicer et Hamann, la BMW du milieu de terrain.
Magnifiques de courage et de détermination, les joueurs de Benitez ne baissent pas les bras et reviennent sur le terrain avec d'autres intentions, emmenés par un capitaine Gerrard de gala qui refuse catégoriquement la défaite. A la 54ème minute, sur un centre de Riise, le natif de Whiston place un coup de casque qui redonne l'espoir au peuple rouge. Trois minutes plus tard, Vladimir Smicer, entré en jeu à la 23ème minute à la place de Kewell, allume une mèche des vingt mètres mal maîtrisée par Dida. Et à la 60ème, Gerrard est fauché dans la surface par Gattuso (évidemment) sur une remise astucieuse de Baros, et Xabi Alonso transforme le penalty en deux temps: les Reds viennent de refaire leur retard en six petites minutes contre un Milan qu'on pensait intouchable. Cette finale vient de rentrer dans l'histoire mais elle fera définitivement son entrée dans le livre d'or du LFC quand les partenaires de Gerrard s'imposeront aux tirs aux buts après les échecs de Pirlo, Kaka et Chevchenko et une balle de 4-3 à bout portant pour l'Ukrainien repoussée...de la tête par Dudek.
Considérée par beaucoup comme la plus belle finale européenne de tous les temps, ce match a tellement marqué la communauté rouge qu'il fit l'objet d'une pièce intitulée One night in Istanbul jouée à l'Empire Theatre de Liverpool et vue par plus de 50000 spectateurs en à peine un an. Spécialistes des finales d'anthologie, les Reds avaient déjà remporté la coupe UEFA en 2001 sur le score de 5-4 contre Alaves avec les Henchoz, Heskey, Murphy et McAllister. La coupe aux grandes oreilles rapportée de Turquie sur les bords de la Mersey est la cinquième de l'histoire du club après celles glanées en 1977, 1978, 1981 et 1984 (les Reds gagneront la sixième en 2019 face à Tottenham). Les Milanais prendront leur revanche sur Liverpool deux ans plus tard à Athènes grâce à l'inévitable Inzaghi mais n'effaceront jamais de leurs mémoires le terrible scénario d'une rencontre qu'il pensait avoir gagnée en une mi-temps. Et aussi, et peut-être surtout, l'immense Paolo Maldini ne remportera jamais le Ballon d'Or.




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