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lundi 20 octobre 2025

Mateta, ouvrier spécialisé

Pour les fans de Crystal Palace, Jean-Philippe Mateta est un véritable héros, une sorte de dieu vivant, un mythe monté sur crampons. Au club depuis 2020 après un passage par Châteauroux, Lyon, Le Havre et la Bundesliga (Mayence), l'avant-centre français a inscrit trente buts sur les deux dernières saisons de Premier League, ce qui fait de lui l'un des meilleurs buteurs du royaume (il occupe actuellement la troisième position de ce classement derrière Haaland et Semenyo avec cinq réalisations et vient de claquer un triplé contre Bournemouth à Selhurst Park). Encore trop mal connu en France à 27 ans, le natif de Sevran en région parisienne s'est révélé aux yeux du grand public lors des derniers Jeux Olympiques, inscrivant cinq pions (troisième réalisateur du tournoi derrière le Marocain Rahimi et l'Espagnol Fermin Lopez), dont celui de la qualification en quarts contre l'Argentine. Logiquement pour une fois, Deschamps l'a appelé chez les A dernièrement pour suppléer aux absences de Mbappé, Dembélé et Thuram, et le joueur des Eagles n'a pas déçu en convertissant sa seule occasion nette en Islande. Peu de joueurs connaissent leur première sélection et leur premier but en bleu à 28 balais.

 

Appartenant à une longue lignée de purs avant-centres à qui il ne faut pas demander d'éliminer balle au pied, de participer au jeu ou de combiner dans les espaces réduits (toutes proportions gardées citons par exemple Shearer, Trézéguet, Giroud, Cavani ou Klose), Mateta ne sait faire qu'une seule chose sur un terrain de football: mettre la balle au fond des filets. Mais il le fait bien, même très bien, et souvent, telle une sorte d'ouvrier spécialisé des pelouses. Ses coéquipiers, et notamment les deux ailiers Sarr et Pino, savent pertinemment que si un centre arrive dans la bonne zone, JPM poussera la chique au fond de toutes les manières possibles, de la tête ou en taclant et se jetant comme un mort de faim. Véritable animal de surface, Mateta vit par et pour le but et son sens du placement, son instinct sûr et son sang-froid devant les cages en ont fait un des meilleurs spécialistes du poste outre-Manche et un joueur enfin respecté. Arsenal a posé 75 plaques sur Gyökeres et Liverpool le double sur Isak quand la solution se nommait peut-être Jean-Philippe Mateta, dont la valeur actuelle est estimée autour des trente millions sur le marché des transferts (rien ne dit cependant que le joueur aurait répondu au chant des sirènes des cadors du championnat).



Pourquoi des clubs comme Arsenal, Liverpool, Chelsea ou Newcastle ne se sont-ils pas intéressés de plus près au cas Mateta? Tout simplement parce que certains joueurs, quoi qu'ils fassent, resteront toujours gravement sous-estimés parce qu'ils ne brillent pas techniquement ou n'inondent pas YouTube de régalades aussi esthétiques qu'inutiles. Que demande-t-on avant tout à un avant-centre? De planter. Point. Et ça, Mateta sait faire. Accessoirement et au passage, on a aujourd'hui l'impression quelque peu aberrante que les gardiens se voient davantage jugés sur la qualité de leur jeu au pied que leur capacité à protéger leur but, et on ne parierait pas cent mille balles que Luis Enrique ait gagné au change en se séparant de Donnarumma (même s'il convient de laisser du temps à Chevalier). Mateta n'a rien d'un joueur flashy ou de compilations sur internet entre deux vidéos de chats, mais son entraîneur Oliver Glasner et ceux qui suivent le championnat anglais de près connaissent sa valeur et son importance dans une équipe qui, comme lui, ne fait que progresser. Quand on plante contre City, Aston Villa, Arsenal et Chelsea, c'est quand même sans doute parce qu'on possède certaines qualités indéniables.

 

Pour la première fois d'une carrière qui a commencé sur les terrains de Béziers et Boulogne-sur-Mer, le nouvel international va avoir l'occasion de montrer son talent sur la scène continentale en disputant certes la moins prestigieuse des compétitions européennes, la Ligue Europa Conférence (il a marqué de la tête en tour préliminaire face à Fredrikstad): une opportunité de plus de se montrer pour celui qui vise rien moins qu'une place dans la liste pour le prochain Mondial. Ambition réaliste? On ne gagerait pas que Deschamps apprécie follement le joueur, qui ne joue pas dans un "grand club" et n'a dû sa première cape qu'à de nombreuses défections. Pourtant, Mateta présente un profil de finisseur toujours utile dans le cadre d'un tournoi international et que peu d'attaquants tricolores possèdent, Mbappé, Dembélé, Doué et Barcola étant avant tout des dévoreurs d'espaces. En somme, l'attaquant de Palace, du haut de son 1,92m, pourrait s'avérer plus qu'utile face à des blocs bas ou dans des rencontres fermées, lorsque la solution passe souvent par des ballons dans la boîte. Il donne à voir des qualités qui tendent à disparaître dans le football dit moderne, où l'accent est avant tout mis sur la vitesse et où les ailiers se muent en buteurs. On pourrait le comparer à un Giroud révélé sur le tard, et on ne sait que trop bien le rôle prépondérant qu'a joué l'ancien buteur montpelliérain dans les dernières conquêtes des Bleus.

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