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dimanche 28 décembre 2025

Villa ne blague pas

Incroyable mais vrai, comme disait Jacques Martin: grâce à son succès contre Chelsea (un Chelsea qui est peut-être, tout compte fait, un colosse aux pieds d'argile) à Stamford Bridge, Aston Villa vient d'enchaîner une onzième victoire toutes compétitions confondues, la huitième consécutive en Premier League (les victimes se nomment Bournemouth, Leeds, Wolverhampton, Brighton, Arsenal, West Ham, United et donc Chelsea). Très mal parti avec seulement quatre points pris lors des six premières journées, le club de Birmingham occupe ce matin la troisième place du classement avec sept unités d'avance sur Liverpool et dix sur les Blues et pointe à seulement une longueur de City et trois du leader Arsenal avant un choc entre les deux équipes à l'Emirates qui s'annonce explosif. L'imperméable défense des Gunners, toujours privée de Gabriel Magalhaes, résistera-t-elle à une attaque qui a trouvé le chemin des filets au moins une fois à quinze reprises lors des seize dernières journées? That is the question, pour reprendre les dires d'un fameux prince du Danemark (et on ne fait pas d'Hamlet sans casser des œufs, comme vous le savez, cher et fidèle lectorat).

 

Quand ce n'est pas Morgan Rogers, auteur de deux doublés consécutifs lors des deux derniers rendez-vous, qui s'y colle, c'est le revenant Ollie Watkins, membre du squad anglais à l'occasion de l'Euro 2024, qui arrache la victoire d'une tête imparable dans les dernières minutes. Ne cherchez pas de grands noms ronflants dans l'effectif de Villa: il n'y en a guère, mis à part peut-être l'inénarrable Dibu Martinez dans les bois, champion du monde avec l'Argentine et bourreau des Français. Les Villains (qui portent bien leur nom, car on imagine aisément que leur parcours doit déranger en haut lieu, où l'on préférerait sans doute voir United briller) gagnent avec Konsa, Lindelöf, rescapé de United, Cash, Digne, Maatsen, Tielemans, Kamara, le teigneux capitaine McGinn, l'excellent Buendia, Malen, Onana et Sancho: une équipe de briscards revanchards qui prend un malin plaisir à venir bousculer la hiérarchie établie et taper les mieux nantis du royaume (Villa possède un budget quasiment deux fois inférieur à celui de Tottenham par exemple).

 

Il convient une nouvelle fois de saluer la qualité exceptionnelle du travail d'Unai Emery, assurément l'un des tout meilleurs techniciens du continent, qui n'a rien à envier à ses compatriotes Guardiola, Arteta, Luis Enrique et Xabi Alonso (à qui l'on souhaite bien du courage pour remettre un soupçon de méritocratie et de rigueur tactique au sein du Real). Alors qu'on associe toujours son nom à la fameuse "remontada" (un mot désormais mis à toutes les sauces) de 2017 au Camp Nou, le natif du Pays Basque a tout de même remporté trois fois de suite la Ligue Europa avec Séville (où en est le club andalou aujourd'hui?), l'a remportée à nouveau avec Villareal dès sa première année sur le banc, conduit Valence sur le podium malgré les départs de Silva et Villa et mené Villa jusqu'à sa première qualification pour la Champions League depuis plus de quarante ans: on fait nettement pire comme bilan. Emery sait tirer le meilleur de son groupe, relancer des joueurs en perte de vitesse et trouver des solutions tactiques qui frisent le génie. Comme l'entraîneur du PSG, il mange football, dort football et vit football: un obsédé complet qui ne pense qu'à son travail et à la réussite de son club. Une véritable bénédiction pour Aston Villa, après les années Steve Bruce, Dean Smith et Steven Gerrard.

 

A mi-saison, il est à peu près acquis que le club de Birmingham finira dans le top four et se qualifiera pour sa deuxième Champions League en trois ans, après avoir terminé sixième la saison dernière: pas un mince exploit vu les moyens et l'effectif à la disposition d'Emery (les dirigeants, contrairement à beaucoup d'autres, n'ont d'ailleurs pas fait de folies lors du dernier mercato, se contentant de miser trente barres sur Guessand, qui continue à s'acclimater tranquillement). Question à douze mille livres: peut-il faire encore mieux, tenir la cadence face à City et Arsenal et se mettre à rêver au titre? Nul doute que les fans y songent déjà, mais la profondeur des bancs sur lesquels peuvent pianoter Guardiola et Arteta pourrait bien faire la différence dans la dernière ligne droite. En tous les cas, Villa possède la recette pour y arriver (un grand entraîneur, un vrai collectif où chacun fait les efforts pour les autres, un buteur efficace et un gardien souvent décisif) et quoi qu'il advienne, la saison des partenaires de McGinn est d'ores et déjà une incroyable réussite, car personne ne les croyait capables d'une telle série et n'aurait misé un kopeck sur leur présence sur le podium fin décembre. 


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