En 1970 et 1974, les Bleus, victimes d'un énorme creux générationnel, échouent à se qualifier pour le Mondial, après n'avoir pris qu'un seul point en 1966 en Angleterre avec Gondet, Herbin et Müller. Puis arrivent les Platini, Rocheteau, Lacombe, Bossis et Trésor. Le 16 novembre 1977, seize ans avant le cauchemar américain et Kostadinov, la France s'impose face à la Bulgarie au Parc grâce à des pions signés Rocheteau, Platoche et Dalger et s'assure de s'envoler pour l'Argentine (même si certains, comme l'ange vert, auront des scrupules à participer à la propagande du terrible régime de Videla). Porté en triomphe par ses joueurs, Hidalgo, nommé un an auparavant, a réussi son pari et remis la France sur la carte du football. Tombés dans un groupe très difficile, ses hommes s'inclinent face à l'Albiceleste (qui ne doit pas perdre) et l'Italie et sont éliminés au premier tour. Mais peu importe: la machine est lancée, la France s'est trouvée une équipe, un leader charismatique et un grand sélectionneur.
Honorables deuxièmes de leur groupe de qualification derrière une remarquable Tchécoslovaquie qui les tape à Bratislava, les Bleus ratent l'Euro 80 en Italie, finalement remporté par la RFA de Hrubesch et Rummenige, mais ne manquent pas la marche lorsqu'il s'agit de battre les Pays-Bas le 18 novembre 1981 à Paris. Grâce évidemment à un coup franc de Platini, le vrai meilleur joueur français de tous les temps devant Zidane, et un but de Six, les tricolores gagnent leur billet pour le Mundial espagnol de 1982. On connaît la suite: le fameux carré magique Platini-Genghini-Tigana-Giresse, le football enchanteur de la France et du Brésil de Zico et Socrates, le principe de réalité attaché aux crampons des Italiens et des Allemands, le match légendaire du 8 juillet à Séville, Schumacher et Battiston et le tir au but manqué par Bossis. On ne peut plus cruellement éliminée du tournoi, la France a gagné les cœurs des amoureux du beau jeu partout sur la planète et rejoint les rangs trop gonflés des perdants magnifiques (largement préférables aux vainqueurs moches de Deschamps).
Deux ans plus tard, elle fait figure de favorite du championnat d'Europe organisé chez elle. Luis Fernandez, le minot des Minguettes, a remplacé Genghini au sein du losange de l'entre-jeu, et de nouveaux éléments comme Le Roux, Domergue, Bats et Bellone sont sortis du bois. Grâce à un Platini qui marche littéralement sur l'eau et transforme les demies-occasions en buts (neuf pions en cinq rencontres, excusez du peu, tout simplement l'une des plus grandes prestations individuelles de l'Histoire sur un tournoi international, incomparablement supérieure à celle de Zizou en 98), les Bleus remportent la mise et leur tout premier titre. C'est la France de Mitterrand qui gagne enfin, celle des Platoche, Hinault, Prost, Longo, Quinon et Lamour. Huit ans après avoir célébré sur les Champs-Elysées une équipe de Saint-Etienne battue en finale par le Bayern, l'hexagone s'est enfin trouvé de véritables héros qui non seulement font rêver mais surtout n'oublient pas de repartir avec la médaille du vainqueur.
Cette génération extraordinaire connaîtra son chant du cygne au Mexique en 1986, non sans avoir sorti l'Italie championne du monde en titre (Platini, qui avait pronostiqué le résultat, ouvre naturellement la marque face à ses potes de la Juve) et le Brésil au terme d'un match d'une beauté renversante. Une nouvelle fois éliminés par l'Allemagne aux portes de la finale, les Bleus achèvent un cycle véritablement historique, ponctué par un sacre européen et deux demi-finales mondiales. Usé et lâché par l'envie, Platoche, héros de légende qui a emmené tout le monde dans son sillage, tirera sa révérence un an plus tard dans un Stadio Communale qui n'a d'yeux que pour lui. La France connaît alors une longue gueule de bois, marquée par des absences au Mondiale 90 et la World Cup 94 et un échec retentissant lors de l'Euro 92. Les deux nouveaux mousquetaires Papin et Cantona en viennent presque à symboliser la lose bleue, avant qu'un certain Aimé Jacquet ne reprenne la barre. Mais sans la glorieuse bande de 1984, il n'y aurait jamais eu de triomphe un soir de juillet 1998 à Saint-Denis.




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