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jeudi 15 janvier 2026

Real Madrid, le cycle infernal

On pouvait penser que Xabi Alonso avait toutes les qualités requises pour s'imposer sur le banc du Real: ancien joueur du club de 2009 à 2014 (une CL et une Liga remportée), il avait commencé sa carrière d'entraîneur en prenant en charge les Infantil A, l'équipe des moins de 14 ans du Real. On connaît la suite, surtout vous, fidèles et avisés lecteurs: la Real Sociedad B puis des résultats extraordinaires avec le Bayer Leverkusen, qu'il conduira au titre de champion en 2024 sans perdre un seul match de toute la saison en Bundesliga. Mais le Basque a eu le grand tort de vouloir instaurer une véritable méritocratie au sein de l'effectif et d'abolir les passe-droits, d'imposer des séances de tableau noir et d'essayer de renforcer le bagage tactique de ses joueurs et d'oser exiger de ses attaquants qu'ils participent au travail défensif. Il s'est lourdement trompé sur la véritable nature de l'équipe qu'il dirigeait, à savoir un agrégat d'individualités et d'egos surdimensionnés davantage qu'un véritable collectif dans lequel chacun accepte de faire les efforts pour les autres.

 

Les starlettes du Real n'ont jamais accepté son leadership, son dirigisme et son autorité pour la simple et bonne raison qu'elles ne le respectaient pas. Pour les Mbappé, les Vinicius et autres Bellingham, une grande carrière de joueur à Liverpool, au Bayern et au Real et un titre de champion d'Allemagne en tant qu'entraîneur ne donnent pas le droit de se prendre pour le boss. Ronaldo, Kaka, Benzema et compagnie avaient de l'estime pour Mourinho parce qu'il avait gagné des trophées avec Porto, Chelsea et l'Inter et dégageait un charisme et une aura qui les impressionnaient sans doute. Zidane avait son passé de joueur pour lui. Ancelotti avait le respect du vestiaire non seulement pour son palmarès mais aussi et peut-être surtout parce qu'il donnait davantage dans le management humain (comprenez laisser les vedettes faire à peu près ce qu'elles veulent) que dans dans le travail technico-tactique quotidien et le rigorisme. C'est cela qui convient au Real: un gestionnaire de boulards qui donne le pouvoir à quelques cadres et une grande latitude au reste du groupe. Un profil tel que celui de Xabi Alonso, fait pour guider un effectif malléable et à l'écoute, était voué à l'échec.

 

Il faut savoir que l'ancien coach du Bayer n'était pas le choix de Florentino Perez, qui en revanche voulait Mbappé depuis des lustres. Or le Real est un club présidentiel, où les grandes décisions viennent d'en haut. Aux yeux de Perez, Xabi Alonso ne pesait rien en comparaison de son joyau français, qui s'est d'ailleurs permis de saper ce qui restait d'autorité à son entraîneur en demandant à ses coéquipiers de ne pas faire de haie d'honneur à leurs vainqueurs barcelonais au terme de la finale de Supercoupe d'Espagne. Un tel comportement serait impossible ou puni avec un technicien comme Luis Enrique, qui se considère comme le seul maître à bord et ne tiendrait pas trois semaines sur le banc merengue, mais parfaitement toléré au Real, où les stars sont les vrais patrons du vestiaire (il n'y a qu'à voir l'attitude déplorable de Vinicius chaque fois que son coach décidait de le faire sortir). Ceci constitue à la fois une exception et une aberration. Pensez-vous que les joueurs du Bayern passent leur temps à contester Kompany, qui entraînait Burnley avant de débarquer en Bavière? Que les Gunners manquent de respect à Arteta, qui n'a gagné qu'une coupe d'Angleterre? Et que Jordan n'écoutait pas Phil Jackson, gourou des Bulls et créateur de l'attaque en triangle?

 

Avec la nomination d'Arbeloa, qui a commencé son intérim avec une élimination en Copa del Rey sur la pelouse d'Albacete, pensionnaire de Liga 2, le Real est officiellement entré en crise institutionnelle a et relancé un des cercles vicieux dont il est coutumier: non-remplacement d'éléments essentiels sur et en dehors du terrain (Kroos, Modric, Benzema), manque de résultats, suprématie domestique catalane, rétrogradation sur la scène continentale et valse des entraîneurs en attendant qu'un quelconque baron emporte l'adhésion du vestiaire. Seulement, le dit baron, à force de laisser plus d'influence au président et aux joueurs qu'à l'homme assis sur le banc, il va falloir sérieusement se torturer les méninges pour le dénicher. On voit mal comment un technicien de renom accepterait de poser son auguste derrière sur un siège éjectable et de prendre les rênes d'un club où les vedettes choisies par Perez refusent systématiquement de faire ce qu'on leur demande. Si un quelconque nom vous venait à l'esprit, n'hésitez pas à écrire à l'adresse suivante. La Pause Cigare, 11 rue Jean-Pierre Liégeois 11111 Saint-Maradona sur Aude.

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