Question à dix mille euros: a-t-on déjà vu un "attaquant" (si tant est que le terme puisse s'appliquer au joueur concerné) avec un seul but au compteur en championnat figurer dans une liste pour l'équipe de France en mars? A notre humble connaissance, la réponse est négative. Il s'agit sans doute là d'une première tristement historique. Que devons-nous déduire de ce choix, ou plutôt de cette absence totale de choix? Que le "sélectionneur" (dont l'unique travail a priori consiste donc, pour un salaire légèrement supérieur à celui d'un agrégé, à sélectionner) n'en a strictement que faire de la forme du moment et de la simple notion de mérite sportif. Il ne "raisonne" qu'en fonction du sacro-saint "groupe" qui, qu'on se rassure dans les chaumières de France et de Navarre, vit bien. On en vient à se demander, si, contrairement à son homologue rugbystique, il regarde les matches des uns et des autres ou passe le plus clair de son temps non pas dans sa chambre noire, mais à taper le carton, promener son clébard ou regarder "L"heure des pros" en replay.
Parlons-en un brin, de la notion de forme du moment, puisqu'aucun Lensois ne figure dans sa liste: ni Udol, très compétent avec les sang et or et auteur de sept passes décisives en Ligue 1, ni Thomasson, au four et au moulin dans l'entre-jeu artésien, ni Thauvin, revenu dans l'hexagone sans doute avec l'idée de prendre l'avion pour l'Amérique, ni Edouard, qui a sans doute marqué trop de buts et n'assure pas suffisamment le repli défensif. La grande faute de ces quatre joueurs? Ne pas évoluer dans un "granclub" qui joue la "championzligue", contrairement à Kanté et Théo Hernandez, qui défendent respectivement les couleurs de Fenerbahce et Al-Hilal. Vous exigez de la cohérence, de la justice, de la méritocratie? Vous en demandez un peu trop, cher et avisé lectorat, qui dresserait sans doute une liste plus juste et équitable en dix minutes chrono sur une serviette en papier à la cafétéria de la Cotorep.
Tous les experts et spécialistes affirment que la présence de Corentin Tolisso dans le groupe France relève de l'évidence pure et simple, de par son passé au plus haut niveau, son degré de performance, son leadership et son état d'esprit. Tous s'accordent sur ce point, y compris Fonseca, qui n'y connaît strictement que dalle au fouteballe, sauf celui qui décide en haut lieu et fait la pluie et le beau temps du haut de sa fascinante incompétence et ses idées bornées. Dans l'esprit de Deschamps, la Ligue 1 ne pèse rien et ne représente rien, et en tout cas moins qu'un championnat surmédiatisé et gravement surcoté dont les représentants (Chelsea, Tottenham, City, Newcastle) viennent de collectionner les roustes sur la scène européenne. Pour lui, un Camavinga qui joue un match sur deux avec le Real vaudra toujours plus qu'un Tolisso, un Thomasson ou un André, milieux d'élite d'une compétition de bas étage dont le tenant du titre en a juste collé cinq à l'Inter en mondovision au mois de mai dernier.
Cela fait des années que nous tenons le même discours, monsieur Deschamps. Des années que nous nous insurgeons à longueur de paragraphes contre votre état d'esprit fermé, vos mornes certitudes, vos explications vagues et foireuses, votre soi-disant pragmatisme, vos choix incompréhensibles, votre vision obsolète et sécuritaire du jeu, votre discours lénifiant, qui ne font d'ailleurs jamais l'objet de la moindre critique dans ce pays. Si le but de la manœuvre consistait à nous dégoûter définitivement d'une équipe que nous avons pourtant tant aimée, vous avez alors brillamment réussi. Parce que votre équipe de tocards et de petits soldats bien obéissants précisément parce qu'ils n'ont rien à faire en bleu, nous n'avons tout compte fait plus rien à cirer. Ou plutôt, si. Nous lui souhaitons plus que tout de se vautrer royalement au premier tour de la prochaine Coupe du Monde et de nous pas nous infliger les mêmes sempiternelles purges que lors du dernier Euro. Parce qu'un DD triomphant au pays de l'homme orange, ce serait une vision d'horreur que nous ne pourrions supporter.




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