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jeudi 5 mars 2026

Weah, mister George

Les supporters parisiens associent George Weah à de nombreuses grandes soirées européennes au début des années 90: le doublé à Naples en octobre 1992, l'ouverture du score lors du match mythique remporté 4-1 au bout des arrêts de jeu contre le Real en mars 1993, le but importantissime au Bernabeu l'année suivante sur un service de son compère Ginola ou encore le festival de pions d'anthologie lors de la Champions League 1994-95 (dont le missile dans la lucarne de Kahn à Munich après un déboulé dont il avait le secret). Relativement discret en championnat (Ginola plante plus que lui en 1993-94 pour décrocher le titre et il ne marque que sept fois en Division 1 la saison suivante), l'attaquant libérien se sublimait lorsqu'il respirait le parfum des joutes continentales et des rencontres qui sentent la poudre. On savait alors qu'on pouvait compter sur lui, qu'il allait montrer son meilleur visage et faire passer un sale quart d'heure à la défense adverse. Entre 1992 et 1995, il a claqué 32 buts en championnat et 15 sur la scène européenne.

 

Puissant, racé, fin dribbleur, doté d'un remarquable jeu de tête et d'une adresse diabolique devant les cages, Weah pouvait sortir tel un diable de sa boîte et faire basculer une rencontre sur un exploit personnel, un coup de casque ou une finition impeccable. Il savait à la fois être un grand dévoreur d'espaces et un provocateur balle au pied et un formidable attaquant de surface, qui brillait dans l'art du démarquage et sur coups de pied arrêtés et flairait remarquablement les coups. Plus grand joueur africain des années 90 avec Abedi Pelé et Roger Milla, il a inspiré des milliers de gamins qui suivaient ses exploits avec ferveur et suscité l'admiration de ses pairs et des spécialistes. En octobre 2015, Charles Biétry a affirmé dans les colonnes du Figaro que le Libérien aurait eu largement sa place dans le PSG version QSI aux côtés de Pastore, Di Maria, Ibrahimovic et Cavani. On imagine en effet aisément le carnage anachronique si Weah avait été associé aux deux pourvoyeurs de caviar argentins. 

 

Né en 1968 à Monrovia, Weah est repéré par Claude Le Roy alors qu'il évolue au Tonnerre Yaoundé et débarque à Monaco en 1988. Entre 1988 et 1992, il claque une grosse soixantaine de pions en 150 matches disputés avec une pointe en 1991-92 (18 buts en championnat et quatre en Coupe d'Europe). Subissant l'hégémonie de l'OM, il n'est jamais sacré champion sous les couleurs monégasques mais remporte la Coupe de France en 1991 face aux Marseillais et atteint la finale de la Coupe des Coupes la saison suivante (défaite 2-0 contre le Werder Brême de Klaus Allofs à Lisbonne). Après l'aventure parisienne, c'est le Milan AC que ce fan de la Juventus et de Platini rejoint en 1995, année où il se voit récompensé du Ballon d'Or, premier joueur non-européen à recevoir le prix. Meilleur buteur du club lors de ses trois premières saisons, il participe à la conquête du Scudetto en 1996 et 1999 avec les Savicevic, Baggio et Bierhoff avant d'être poussé sur le banc par l'arrivée de Chevtchenko. S'ensuivront des passages oubliables à Chelsea, City et Marseille et une fin de carrière sous le maillot d'Al-Jazira.

 

Comme beaucoup d'autres grands joueurs de l'époque (Giggs, Litmanen, Rush), Weah n'a jamais participé à une Coupe du Monde, le Libéria échouant systématiquement à se qualifier pour le tournoi mondial. En 2005, Weah entame une reconversion politique en se présentant à l'élection présidentielle sous la bannière du CDC (Congrès pour le Changement Démocratique) dans un pays ravagé par la guerre civile. Battu, il reprend ses études en 2007 et décroche un master en management dans une université floridienne en 2011. Elu sénateur de Monrovia en 2014, il remporte finalement la présidentielle en 2018 malgré la polémique suscitée par sa désignation comme colistière de l'épouse de Charles Taylor, condamné à une peine de cinquante ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Après avoir prêté serment en présence de Drogba et Eto'o, il va s'attacher pendant cinq ans à rendre le pays autonome sur le plan agricole et à mettre en place un programme de nouvelles infrastructures, routières et hospitalières notamment. Il reste le deuxième footballeur élu président après avoir joué pour l'OM avec l'Algérien Ahmed Ben Bella.

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