Souvent positionné sur l'aile droite en faux pied, Arjen Robben a au cours de sa carrière fait le même coup des centaines de fois aux défenseurs adverses: partir du bord de la ligne de touche, revenir vers l'intérieur en conduisant la chique de l'extérieur et tenter une frappe puissante et enroulée en visant le second poteau. Tout le stade savait pertinemment qu'il allait essayer cet enchaînement plusieurs fois dans le match mais, à l'instar de Garrincha qui faisait toujours la même feinte mais passait quand même à chaque fois, personne la plupart du temps ne parvenait à l'arrêter, et le Néerlandais a marqué des caisses de pions en s'appuyant sur ce schéma. Virevoltant, rapide, imprévisible, parfois un brin individualiste mais techniquement au-dessus du lot, le natif de Bedum a réinventé le poste d'ailier en étant tout sauf une machine à déborder et centrer mais en venant systématiquement créer du danger et de l'incertitude dans l'axe à partir du flanc de l'attaque. S'il ne fallait pas compter sur lui pour assurer le repli défensif, il possédait une telle palette et une telle créativité qu'il pouvait faire vivre un véritable cauchemar à son vis-à-vis et faire basculer une rencontre à lui tout seul.
Robben effectue ses débuts professionnels sous les couleurs de Groningue, le club de sa région, à la fin de l'année 2000, à l'âge de seize ans, avec des faux airs de Danny Boon du football. Talent précoce et remarqué, il attire l'attention du PSV Eindhoven, qui le fait signer à l'été 2002. Dès sa première saison, il plante douze buts en championnat et est élu meilleur jeune joueur d'Eredivisie. Convoité par United et très apprécié de Ferguson, Robben rejoint finalement le Chelsea d'Abramovitch, qui transmet une offre que le PSV ne peut refuser. Joueur doué mais éminemment fragile, il manque beaucoup de matches à cause de pépins physiques récurrents, après avoir souffert des ischio-jambiers lors de sa deuxième année au PSV. Distingué en 2005 du trophée Bravo, qui récompense le meilleur joueur de moins de 21 ans évoluant dans un championnat européen, il prend régulièrement place sur le banc avec les arrivées de Ballack et Chevchenko et l'instauration d'un 4-1-3-2 rigide par Mourinho. Bien qu'il ait collectionné les absences et planté seulement une vingtaine de buts en trois saisons à Londres, il devient en 2007 le quatrième transfert le plus cher de l'histoire du Real Madrid derrière Zidane, Figo et Ronaldo.
A nouveau sérieusement touché, Robben doit attendre le mois de janvier pour inscrire son premier but sous ses nouvelles couleurs lors d'un match de coupe contre Alicante. Alors qu'il vient de signer un exercice satisfaisant avec sept pions et huit passes décisives en Liga, il subit de plein fouet le retour de Florentino Perez à la présidence du Real, qui refait le coup des galactiques et fait venir Cristiano Ronaldo, Benzema et Kaka pour des sommes délirantes à l'été 2009. Poussé vers la sortie comme ses coéquipiers Sneijder et Huntelaar, Robben rejoint le Bayern, alors entraîné par son compatriote Van Gaal. On connaît la suite: des pelletées de frappes en lucarne et de caviars maison, des chevauchées à n'en plus finir, le duo de terreurs des côtés avec Ribéry, huit titres de champion d'Allemagne et une coupe aux grandes oreilles glanée contre le Borussia en 2013 à Wembley (il marque le but du sacre à la 89ème). Sacré champion dans quatre pays différents pour douze titres au total, Robben possède un palmarès long comme le bras de Wembanyama.
Sélectionné à 96 reprises en équipe nationale de 2003 à 2017, Robben reste à ce jour le sixième meilleur buteur de l'histoire des Oranje derrière Depay, Van Persie, Huntelaar, Kluivert et Bergkamp avec 37 réalisations. Après avoir été élu homme du match lors de ses deux premières rencontres de Coupe du Monde face à la Serbie-Monténégro et la Côte d'Ivoire en 2006, il connaît le moment le plus douloureux de sa carrière lorsqu'il manque son face-à-face avec Casillas en finale du Mondial sud-africain, après avoir éclaboussé le tournoi de toute sa classe. Il prendra sa revanche sur l'Espagne quatre ans plus tard au Brésil, inscrivant un doublé au cours d'une mémorable victoire 5-1 des Pays-Bas à Salvador. Alors que les Oranje n'ont fini que troisième de leur groupe de qualification et se voient privés du Mondial 2018 en Russie, Robben annonce sa retraite internationale en octobre 2017, à 33 ans. Il aura disputé quinze matches de Coupe du Monde pour six buts et autant de passes décisives.




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