Depuis plusieurs mois, Bradley Barcola en prend plein la tronche de la part des journalistes spécialisés et des essepères, sur les réseaux sociaux (une des pires inventions de l'histoire de l'humanité, qui donne le droit à n'importe quel ignare de se prétendre compétent sur à peu près tous les sujets possibles) et dans les commentaires des supporters parisiens. Que n'a-t-on pas entendu sur l'ancien joueur de l'OL? Qu'il était brouillon, maladroit, inconstant, fragile mentalement, surcoté, surpayé, nous en passons et des meilleures. Il fut d'ailleurs pendant longtemps l'une des cibles favorites de Daniel Riolo, l'homme qui a affirmé à l'antenne que Luis Enrique ne faisait pas progresser les joueurs et menait le PSG dans le mur, qui le surnommait "Bambi" avec une forme de mépris assumée. A l'instar de Pierre Richard dans le monumental Je sais rien mais je dirai tout, un film d'utilité publique par les temps qui marchent, nous disons halte. Calmons-nous deux minutes et buvons frais.
Tout d'abord, il convient de rappeler que lorsqu'il signe au PSG, le garçon n'a qu'une demi-saison de Ligue 1 dans les cannes, qu'il s'agit avant tout d'un prospect (c'est-à-dire un joueur-projet dont on a décelé le potentiel et qu'on souhaite faire progresser sur le long terme) et que beaucoup ont hurlé au fou quand le club parisien a déboursé cinquante millions pour le faire venir. Pourtant, après quelques semaines d'adaptation, Barcola a commencé à afficher de réelles qualités et à faire des différences, notamment contre le Barça en Champions League, au point de se voir appelé par Deschamps, pourtant pas franchement le roi de l'innovation, pour l'Euro 2024. Deux ans avant, l'ailier parisien était encore, à l'instar de Bob Dylan, un illustre inconnu, et son ascension de remplaçant à l'OL à international dans un tournoi majeur fut tout de même assez fulgurante. Mais à l'heure où les vedettes en carton s'appellent Lamine Yamal ou Estevao, on voudrait que le type plante quarante pions dès sa première saison.
Vous en voulez de la statistique, puisqu'il semble qu'à une époque obsédée par les chiffres, le rendement et la performance, cela fasse office de juge de paix dans les débats? Lors de sa première année au PSG, Barcola a marqué quatre buts et délivré sept passes décisives en Ligue 1. En 2024-2025, il fut longtemps le meilleur buteur du club en championnat avant l'explosion de Dembélé et a terminé avec 14 pions et 10 caviars au compteur, suscitant notamment la convoitise de clubs comme Liverpool. Cette saison, il est le meilleur réalisateur de l'équipe en Ligue 1 à égalité avec Dembélé avec 8 buts en 19 apparitions. Alors évidemment, on va nous rétorquer qu'il n'est pas assez décisif sur la scène continentale et qu'il ne pèse pas dans les grands rendez-vous. Ce à quoi nous répondrons qu'il avait martyrisé la défense barcelonaise (pas forcément un exploit, me direz-vous) au printemps 2024 et qu'il a ensuite dû composer avec l'émergence de Doué et l'arrivée de Kvaratskhelia et faire face à une concurrence féroce pour une place dans le 4-3-3 de Luis Enrique.
Il convient avant tout de mesure garder et de ne pas attendre monts et merveilles du garçon: on parle d'un joueur de 23 ans qui n'a que deux saisons complètes dans les guibolles et n'apparaissait pas sur les radars il y a encore trois ans. Le gamin est encore en phase d'amélioration et il apprend tous les jours au contact de joueurs confirmés dans une équipe qui s'est installée sur le toit de l'Europe en mai dernier. Laissons le temps faire son œuvre et donnons-lui le temps d'éliminer de son jeu les imperfections et les scories (manque de lucidité et de justesse, imprécision dans le dernier geste, volonté de parfois trop en faire) qui l'empêchent pour l'instant de s'élever au niveau supérieur. Rappelons qu'à 22 ans, Thierry Henry sortait d'une saison quasiment blanche avec la Juventus et que sa carrière semblait dans l'impasse. Nous n'affirmons pas que Barcola aura un parcours comparable à l'ancienne idole d'Highbury, mais simplement que sa courbe de progression et ses temps de passage restent tout à fait satisfaisants et dépassent sans doute même les attentes qu'on pouvait avoir à son arrivée.




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